De Boisgelin diplome bachelier droit
 
 
 
 
 
 De Boisgelin lettre frere conge octobre 1944
 
 
 
 
 
 
 De Boisgelin CP batonnier 1944
 
 
 
 
 
 
 
 

 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 

 

 

Georges de Boisgelin est né le 10 juin 1917 à Beaumont le Roger dans l’Eure. Il sera suivi quelques instants plus tard par son frère jumeau, François (dit Freddy). Ils ont deux grands-frères : Amaury né en 1914 et Bruno en 1915. Ils sont les enfants de Georges de Boisgelin et Madeleine de Pennart, mariés le 19 mars 1908. Contrairement à leurs deux ainés qui sont nés à Paris, les jumeaux sont nés au Château du Camp Frémont, demeure familiale, où leur père naquit lui-même en 1873.

Ils appartiennent à une très ancienne famille de la noblesse française qui trouve ses racines en Bretagne (à Pléhédel) et qui fut très présente dans la politique française dès le début du XIXe siècle. Son arrière-grand-père, Edouard, marquis de Boisgelin, garde du corps de Louis XVIII à la Restauration fut député, pair de France, et commandeur de la Légion d’honneur. Son grand-père, Alexandre, comte de Boisgelin, fut, tout comme son père Georges, maire de de Beaumont le Roger et membre du Conseil Général de l'Eure. 

Leur grand-mère, Berthe de Clercq, reçut par legs de son père la forêt de Beaumont Le Roger. C’est dans cet environnement que va se fixer désormais la famille d’Alexandre de Boisgelin et où naitront Georges de Boisgelin père et les jumeaux, dans leur demeure du Camp Fremont, à Beaumont le Roger. C’est dans cette forêt que se dérouleront les chasses à courre du comte de Boisgelin dont l’équipage « Rallie Puisaye » fut célèbre dans le monde de la vènerie française et de ses traditions.

Les quatre frères feront leurs études à l’École des Roches à Verneuil sur Avre, haut lieu de l’éducation des enfants de la grande bourgeoisie (industrielle, financière ou négociante) et de la noblesse française.

Le jeune Georges s’inscrit ensuite à la Faculté de droit de Caen et poursuit ses études à la Faculté de droit de Paris où ses parents disposent d’un appartement situé avenue Élisée Reclus dans le VIIe arrondissement, au pied de la Tour Eiffel.

Il obtient sa licence en juillet 1939 qu’il veut compléter par un doctorat. Il est également titulaire d’une licence de Lettres.

Il a alors 22 ans et sa vocation pour la profession d’avocat va pouvoir enfin se concrétiser. Mais la guerre le surprend, l’emporte, comme tant d’autres jeunes hommes qui, leurs études terminées, s’impatientaient d’entamer leur vie professionnelle.

Le 20 septembre 1939, il est affecté comme élève officier de réserve au peloton de Saumur. Le 20 janvier 1940, il est nommé aspirant de réserve et affecté au dépôt de Cavalerie n° 4. En avril, il est muté au 6e régiment de Dragons qu’il rejoint à Vincennes et va participer à la campagne de France.

Son père décède pendant cette période, en avril 1940, au château familial du Camp Frémont.

Georges est démobilisé le 4 septembre 1940 et rentre à Paris pour reprendre le cours de sa jeune vie professionnelle.

Il est inscrit au stage le 14 novembre 1940 et rejoint le 1er janvier 1941 le cabinet de Me Jacques Chartier, avoué, pour y parfaire ses connaissances en matière de procédure. Me Chartier se montrera très élogieux à son sujet dans une lettre au bâtonnier du 9 octobre de la même année : « Il est extrêmement consciencieux, s’assimile facilement les questions juridiques que je lui donne à étudier et je puis vous certifier qu’il a toutes les qualités requises pour commencer sa deuxième année étant donné les connaissances qu’il a acquises depuis son entrée à l’étude ». Georges lui voue une grande admiration et restera en contact avec lui, même pendant les moments les plus difficiles.

Cependant, pendant plusieurs mois, Georges de Boisgelin va devoir faire des allers-retours dans l’Eure pour régler les affaires successorales, pallier aux absences de ses frères, prisonniers de guerre, et faire face à l’occupation de la propriété familiale par les « autorités occupantes ».

En mai 1943, il quitte clandestinement la France avec pour objectif de rejoindre l’Algérie et de s’engager dans les unités des Forces de la France combattante.

 Son absence sera expliquée au bâtonnier par de multiples lettres invoquant de sérieux problèmes de santé et une demande de congé pour trois mois en février 1943. Demande renouvelée en mai, très probablement juste avant de quitter la France. En décembre, son frère Bruno se substituera à Georges pour demander en son nom un congé rétroactif, puis un congé pour les trois premiers mois de 1944, arguant de l’aggravation de son état de santé qui le met dans l’impossibilité d’écrire lui-même au bâtonnier.

Ce n’est qu’en octobre 1944 que Bruno de Boisgelin révèlera au bâtonnier les raisons de l’absence de son frère : le départ clandestin en mai 1943 pour l’Algérie via l’Espagne où il resta 4 mois interné au camp de Miranda, puis son passage en Algérie où il va demeurer jusqu’en août 44.

« …/…La situation à l’époque envisagée ne me permettait pas de vous indiquer le vrai motif. Aujourd’hui je puis vous dire que voilà 18 mois que mon frère a repris du service. Actuellement il commande un bataillon de chars de l’Armée du général de Lattre de Tassigny …/… »

Sans doute soulagé que la vérité ait enfin été révélée à son bâtonnier, Georges enverra à ce dernier une carte avec ses quelques mots : « Respectueux souvenirs d’un de vos jeunes confrères qui a quitté la France il y a 18 mois, mais qui est resté par la pensée avec vous. » Il y évoque également avoir rencontré quelques confrères, dont Gilbert Maroger qui a rejoint, comme lui, le 5e RCA. (Ce dernier sera tué le 24 avril 45 en Allemagne).

Comme on l’imagine aisément, atteindre l’Algérie n’était pas une simple promenade d’agrément. Après avoir franchi les Pyrénées, au péril de sa vie par des chemins de montagnes éprouvants, Georges fut arrêté en Espagne par la Guardia Civil et incarcéré au camp de Miranda. Ce camp avait été créé en 1937 par le régime franquiste pour y enfermer les opposants républicains. Situé à mi-chemin entre Bilbao et Burgos, Il pouvait y « accueillir » 1500 prisonniers. Mais ce chiffre explosa très vite : s’y retrouvèrent tout à la fois des prisonniers politiques et des « droit commun » auxquels vinrent s’ajouter les combattants des Brigades internationales. Les conditions de vie y étaient très dures.

Cependant lorsque Georges y arrive en mai 1943, il ne restait que très peu de républicains et de brigadistes. Sur 4000 prisonniers, de nombreuses nationalités s’y côtoyaient mais 3000 français y représentaient la majorité. Un grand nombre d‘entre eux furent libérés en 1943 sous la pression des Etats-Unis qui « monnayent » leur libération contre une aide alimentaire et matérielle à l’Espagne. Pris en charge par le délégué de la Croix rouge française du gouvernement d’Alger et via Madrid, ils rejoignaient Malaga où ils étaient hébergés dans les arènes de la ville avant d’embarquer sur un des deux vieux bateaux, le “Sidi Brahim” ou “le Gouverneur général de Lépine” vers Casablanca. On les appelait « Les évadés de France ».

Comme en témoigne son frère Bruno, dès son arrivée en Afrique du Nord, il s’engage dans une unité combattante, le 5e Régiment des Chasseurs d’Afrique (RCA), tout récemment équipé de chars lourds américains et qui devient l’un des régiments de chars de la 1re D.B.

Il est soumis à une longue période d’entrainement en Oranie, au cours de laquelle en mars 1944, il est nommé sous-lieutenant de réserve.

Pendant ce temps, en France, son frère jumeau François rejoint un réseau de la Résistance, le réseau Kummel spécialisé dans la récupération et dans l’acheminement d’aviateurs alliés.

Vient enfin le départ vers le sud de la France : embarqué à Mers-el-Kébir et à Oran à partir du 8 août, le 5e RCA débarque dans la baie de Sainte Maxime entre le 16 et le 18 août, et le 24 participe à la libération de Toulon. Leur joie à tous est indescriptible et leur rêve de libérer la France, de chasser les Allemands, est prêt de s’accomplir. Georges en témoignera dans ses lettres. Le 5e RCA remonte ensuite la vallée du Rhone et de la Saône, combat dans les Vosges en septembre puis c’est le lancement de l'offensive en Alsace, le 19 novembre. Deux jours plus tard Mulhouse est libérée. Mais les Allemands organisent une ligne défensive au nord de la ville pour freiner la progression française. Au nord-est de Mulhouse, entre le 28 novembre et le 3 décembre, la forêt de la Hardt sera le théâtre des combats les plus terribles de la libération de l’Alsace.

Georges de Boisgelin est chef de peloton de chars M4 A2. C’est un officier d’un sang-froid remarquable, très estimé et respecté par ses hommes. Il fera à plusieurs reprises preuve d’un grand courage et d’une détermination sans faille au combat tout au long de la progression du 5e RCA depuis Toulon jusqu’à l’Alsace. A Givry en Bourgogne, puis à Morvillars, près de Montbéliard, il fait reculer l’ennemi. Arrivé dans la banlieue de Mulhouse à l’Ile Napoléon, il brise une contre-attaque surgissant à courte portée.

Le 3 décembre, dans la forêt de Hardt, c’est un déferlement de bombardements et de tirs d’artillerie déversé par une armée ennemie en surnombre. Plusieurs Points d’appui français sont encerclés. Boisgelin reçoit l’ordre de décrocher et malgré la perte de 2 chars, il tient sa position, assure la couverture du décrochage et le ramassage des blessés. Plus tard, il repart à l’avant pour assurer le dégagement du Pont de Bouc et permettre d’établir avec l'Infanterie une tête de pont qui permettra au Génie de refaire une passerelle :

- à 15 heures 02, il donne l'ordre à son char de tête " En avant, coûte que coûte ". 

- à 18 heures 15, il annonce qu'il est en face du pont.

- à 22 heures 52, tous les chars ont franchi le canal.

Son courage et son sang-froid lui vaudront la Légion d’honneur.

En début d’année 1945, il est titulaire d’une permission. Une occasion de quitter le froid et la neige de l’hiver alsacien et de revoir enfin sa famille. Mais il apprend qu’une opération importante pour dégager complètement Mulhouse se prépare. Son unité doit y participer. Il renonce à sa permission pour rester à la tête de son peloton.

Les Allemands reculent mais contre attaquent sans cesse, des poches de résistance subsistent et ils se défendent avec fureur. La progression des chars est difficile car le sol est marécageux. Plusieurs se sont embourbés et doivent être dégagés par les moyens du peloton ; il faut également compter avec un terrain truffé de mines.

Le 25 janvier, le peloton Boisgelin se trouve aux abords des bois de Nonnenbruch, à l’ouest de Mulhouse. L’objectif est de rejoindre Wittelsheim en passant par les cités minières qui s’échelonnent le long de la route traversant les bois. Au matin, posté avec son peloton à la lisière nord de la Cité d’Else, le sous-lieutenant Georges de Boisgelin attend l’ordre de départ. Il descend de son char pour établir la liaison avec les officiers d’infanterie lorsque l'ennemi exécute un bombardement massif. Il est tué, atteint par des éclats d’obus. 
Il est inhumé au cimetière divisionnaire de Soppe le Bas.

L’avis officiel de son décès sera remis à son frère Amaury le 24 mars 1945. C’est son autre frère, Bruno, qui informera le bâtonnier dans une lettre du 23 avril ; il y évoquera le dernier courrier de Georges, quelques jours avant sa fin tragique, où il exprimait « son espoir de reprendre son métier qu’il aimait passionnément ».

Le Bâtonnier n’avait pas oublié le parcours de son jeune confrère :

« Votre frère était amené à parcourir une brillante carrière au Palais. Mais il a jugé qu’il ne pouvait rester pendant que d’autres se battaient. La mort qu’il vient de trouver, en pleine action, est sans doute celle qu’il eût choisi. Il laisse au barreau un nom glorieux et les souvenirs d’un jeune talent fauché dans sa fleur, qui emporte avec lui beaucoup de regrets ».

Frédérique Lubeigt
 

- Citation à l’ordre de la Division

DE BOISGELIN Georges, Sous-Lieutenant - 3ème escadron, Officier de tout premier ordre, remarquable par son calme, son sang-froid et son courage. A réussi maintes manœuvres délicates depuis le début de la campagne. Le 5 Septembre 1944 à GIVRY a forcé à une retraite précipitée, deux canons de 88 mm PAK. Le 19 Novembre à MORVILLARS a neutralisé pendant plusieurs heures une puissante position ennemie. Le 24 à L'ILE NAPOLEON, a brisé par son feu une contre-attaque débouchant à courte portée.

 

- Citation à l’ordre de l’Armée
DE BOISGELIN Georges Bernard, Sous-Lieutenant du 5e régiment de chasseurs d'Afrique : Officier d'élite, animé des sentiments les plus nobles. Avait pris sur ses hommes un ascendant considérable par son rayonnement, son calme au combat et son très grand courage personnel. A accompli à la tête de son peloton depuis le début de la campagne de France, les plus beaux exploits, en particulier en forêt de HARDT où son
sang-froid et l’habileté de sa manœuvre ont permis de sauver le 3 Décembre, un point d’appui encerclé par un ennemi supérieur en nombre et en matériel. Du 20 au 24 Janvier 1945 a mené son peloton à l'attaque des blockhaus du bois de NONNENBRUCK et à la conquête de la mine de GRAFFENWald à travers un terrain marécageux, infesté de mines, âprement défendu par l’ennemi.
Est tombé glorieusement le 25 Janvier devant WITTELSHEIM. (JO 10 juin 1945)

 

- Légion d’honneur

DE BQISGELIN Georges, Sous-Lieutenant du 5e Régiment chasseurs d’Afrique officier de réserve, évadé de France par l’Espagne, d'une haute valeur morale, qui vient de montrer, dans des circonstances particulièrement difficiles, de remarquables qualités de chef. Le 3 Décembre 1944, en forêt de la HARDT, commandait le peloton de chars détaché dans la P.A. de 232 et s’est battu farouchement jusqu’au début de l'après-midi pour repousser les attaques ennemies, appuyées par des chars lourds qui détruisirent deux chars de son peloton. Ayant reçu l'ordre de décrocher coûte que coûte et de percer en direction de PONT du BOUC, a assuré, sous un furieux bombardement de l’artillerie et des chars et les feux d’une infanterie mordante, la couverture du décrochage, le ramassage et le transport du maximum de blessés. Puis fonçant à travers bois comme un sanglier, a rejoint les éléments de tête et a ensuite combattu pendant cinq heures pour ouvrir la route au détachement. A largement contribué, par son calme imperturbable et sa décision, à maintenir la cohésion d'un détachement très éprouvé et harcelé de toutes parts. A ramené dans nos lignes deux chars intacts, tous ses morts et ses blessés.

Cette nomination entraîne le droit au port de la Croix de guerre avec palmes. (JO 8 avril 1945)

- Médaille des évadés

 

Dossier administratif de Georges De Boisgelin : 

  • Image du souvenir
  • Discours prononcé le 11 juillet 1946 par Marcel Poignard, bâtonnier de l’ordre des avocats à la mémoire des avocats à la cour de Paris morts pour la France (1939 – 1945)
  • Carte postale de Georges de Boisgelin au bâtonnier du 3 octobre 1944
  • Lettre de Bruno de Boisgelin au bâtonnier du 17 octobre 1944
  • Lettre de Bruno de Boisgelin au bâtonnier du 9 juin 1946

 

Archives Historiques de la Défense :

Caen :

Georges de Boisgelin : AC 21 P 25609.

 

Famille de Boisgelin :

Wikipedia : Famille de Boisgelin

Base Roglo : Georges de Boisgelin (père) 

Persée : L'Ecole des Roches : une école normande au rayonnement international

 

Sur le camp de Miranda :

https://francelibre.net/un-camp-pas-comme-les-autres/

Wikipedia : Le camp de Miranda

 

Les évadés de France :

Musée de la Résistance

 

Sur le 5e RCA :

Chars français.net : 5e Régiment des chasseurs d’Afrique – Journaux de marchee5e Régiment des chasseurs d’Afrique – Journaux de marche

Historique succinct du 5e Chasseurs d’Afrique eHistorique succinct du 5e Chasseurs d’Afrique 

Wikipedia : Combats de la forêt de la Hardt 

Imagesdefense.gouv.fr : Char Sherman du 5e RCAeChar Sherman du 5e RCA

 

 

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