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Le 30 octobre 1894, à Belfort, Charles Weill, 44 ans, receveur de l’enregistrement et Clémence Lévy, 34 ans, sans profession donne naissance à un troisième enfant, de sexe féminin, Marie Nelly. Les époux Weill avaient eu deux fils, Gaston (1886-1942) et René (1889-1958).
Marie Nelly épousera Gaston Bloch, marchand de meubles, le 9 novembre 1919 (il s’agit pour lui d’une seconde noce) ; la cérémonie est célébrée à la synagogue des Tournelles à Paris. C’est donc en étant mariée qu’elle poursuit ses études de droit, obtenant sa licence le 8 novembre 1924. Justifiant d’une installation professionnelle suffisante à son domicile de l’avenue Daumesnil, et avec l’autorisation de son mari, Nelly s’inscrit au barreau de Paris le 29 janvier 1925, ce qui explique qu’elle figure au tableau sous son nom marital. En effet, le Code Napoléon de 1804 interdisait aux femmes de travailler sans l’autorisation de leur mari, et il faudra attendre 1965 pour que cet article du code soit abrogé. Elle déménagera en 1935 au 100 quai de la Rapée.
Nelly et Charles ont eu trois enfants : Liliane Yvette décédée à l’âge d’un an (1922-1923), Francine (1923-1944) et Etienne Charles (né le 2 mars 1929).
Nelly Gaston Bloch plaide régulièrement aux Assises et peu au civil. Elle plaide pour la première fois aux Assises en mars 1931 ; elle défend Jeanne Samson, accusée d’avoir ébouillanté son mari. « Me Nelly Gaston-Bloch, jeune avocate, dont ce sont les débuts aux Assises, plaide l’acquittement de son insensible cliente. Elle l’obtient en fait ! » conclura le journaliste du Journal du 25 mars 1931.
Les années 1930 au barreau et dans la magistrature connaissent une montée de plus en plus forte d’un sentiment d’antisémitisme. Nelly Bloch va en faire les frais relevant auprès du bâtonnier un incident avec un juge d’instruction. Elle signale en janvier 1934 un incident dont elle a fait l’objet : Nelly Bloch s’est rendue chez un juge d’instruction pour envisager une liberté provisoire de l’un de ses clients. Sans réponse immédiate du juge, qui devait étudier le dossier, elle lui fait part de son intention de le revoir quelques jours plus tard, ce à quoi le juge lui répond qu’il préférait qu’elle le fasse par voie d’écriture. Nelly Bloch argumentant qu’elle ne venait que pour la première fois le solliciter : « alors m-a-t-il répondu, je vous confonds avec quelque autre de vos consœurs, de même origine confessionnelle que vous, ayant le même masque… et insistant de même manière », propos qu’elle considère – poliment- « d’une incorrection grave ». L’incident est « complètement aplani et doit être considéré comme clos » le 23 février 1934.
Parallèlement à son métier d’avocate, Nelly Bloch s’engage pour les femmes et leurs droits : elle donne des consultations juridiques gratuites pour la « société pour l’amélioration du sort de la femme » dans les mairies, en est vice-présidente en 1935, participe et organise plusieurs conférences sur le divorce ou les droits des enfants. Militante du droit de vote des femmes, elle s’engage au parti radical socialiste, en devenant la vice-présidente du bureau du comité du 12e arrondissement en 1935 puis vice-présidente des femmes radicales socialistes en 1938, sous la présidence de sa consœur Marcelle Kraemer-Bach.
En septembre 1939, lors de la mobilisation, elle fait part au bâtonnier de sa disponibilité pour remplacer ses confrères mobilisés. L’offensive allemande se rapproche et comme des milliers de français, elle quitte la capitale avec son mari et ses enfants le 11 juin 1940 et se refugie dans le Gers. Mais dès le mois de juillet, elle demande au Bâtonnier de lui faciliter le retour à Paris car elle a encore des affaires en cours. Elle veut partir en voiture et requiert donc un laisser-passer pour la zone occupée.
En décembre 1941, elle sollicite en vue de son maintien au barreau l’application à son profit des dispositions de l’article 8 de la loi du 2 juin 1941 : « Article 8 : Peuvent être relevés des interdictions prévues par la présente loi, les juifs :
  1. Qui ont rendu à l'État français des services exceptionnels ;
  2. Dont la famille est établie en France depuis au moins cinq générations et a rendu à l'État français des services exceptionnels ».
Effectivement, son ascendance est originaire du Haut- Rhin depuis plus de 5 générations. Elle est donc maintenue au barreau auquel elle reste dévouée : elle envoie d’ailleurs en février au bâtonnier une somme de 200 francs pour la caisse de secours professionnelle : « […] je vous remercie au nom de l’Ordre. Votre don nous servira à alléger des détresses malheureusement nombreuses dans les circonstances actuelles » lui répondra le Bâtonnier.
Mais le décret 12 février 1942 scelle le sort de Nelly, la radiant du barreau comme un grand nombre de ses confrères. Nelly est toujours en zone libre. Elle est domiciliée à Grenoble 23 rue de Génissieu. Nous supposons qu’elle entretenait des liens étroits avec la Résistance.
En 1943, les allemands ont pénétré dans son appartement alors inoccupé du 100 quai de la Rapée, s’étant fait ouvrir la porte par le concierge, et ont perquisitionné le cabinet « qui appartenait à votre Ordre » écrit en 1945 Gaston Bloch, son mari, au Bâtonnier. Plusieurs dossiers de clients ont été emportés.
Nelly est arrêtée avec sa fille Francine à Grenoble, le jour de l’assassinat de Fernand Katz (Bouvier), résistant, dont la tête avait été mise à prix par les Allemands. Elles sont transférées de Grenoble à Drancy le 4 mars 1944, puis déportées dans des wagons à bestiaux par le convoi n°69 à Auschwitz, via la gare de Bobigny. Le convoi 69 fut, avec 1 501 déportés, le plus grand convoi de déportation parti de France : 1 311 seront gazés à leur arrivée au camp, trois jours plus tard. En 1945, seuls 20 survivants reviendront.
En octobre 1945, Gaston Bloch expose au Bâtonnier la déportation de sa femme et de sa fille dont il ne connaît pas encore le destin : « Nelly Gaston Bloch, qui appartenait à votre Ordre – je dis hélas à votre Ordre- car elle a été déportée ainsi que notre fille et les témoignages que j’ai pu recueillir de malheureux rescapés de leur convoi ne me laissent plus aucun espoir ». Nelly et Francine, décédées le 10 mars 1944, ne reviendront jamais….
En 1949, l’appartement quai de la Rapée est occupé par Gaston Bloch. Lors d’une absence de celui-ci, deux cambrioleurs s’introduisent dans le logement, bâillonnent et ligotent la bonne sur une chaise et s’emparent de dossiers de Nelly Bloch, datant d’avant 1939, que les Allemands n’avaient pas emportés.
Lors des commémorations aux morts de 1949, le bureau des Anciens Combattants du Palais a omis de convier Gaston Bloch et son fils à la cérémonie. Le mari de Nelly le déplore en écrivant au Bâtonnier. Ce dernier n’étant qu’invité à la cérémonie n’est pas à l’origine des convocations pour les familles, regrettant ce malentendu « d’autant plus que Mme Nelly Bloch était particulièrement estimée au barreau parisien ».
Gaston Bloch poursuivra sa vie, se remariera avec une veuve de guerre, et s’éteindra en 1974.
Son frère, Gaston Weill, également avocat au Barreau de Paris, sera déporté par le convoi du 23 septembre 1942 à destination d’Auschwitz dont il ne reviendra pas.
 C.G.

 

Dossier administratif ODA

Gallica – BNF_Retronews

Procès qu’elle a plaidés :

Aux Ecoutes, 5 avril 1930

Premier procès aux Assises, défense d’une infirmière qui a ébouillantée son mari :

La Dépêche, 23 mars 1931 : défense d’une féminicide

Le Matin, 25 mars 1931

Le Journal, 25 mars 1931

Paris Soir,Paris Soir, 4 janvier 1933, Défenseuse de Léon ArnouxParis Soir, 4 janvier 1933, Défenseuse de Léon Arnoux

Candide, 20 avril 1933 : procès d’une logeuse, Rennes

Le Temps, 29 juillet 1933 : procès aux assises de cambrioleurs

Journal des débats politiques et littéraires, 29 juillet 1933

Excelsior, 9 janvier1934

L’Homme libre, 9 juillet 1934 : Procès de Fredin pour meurtre 

Procès d’Alphonse Thyot :

L’Intransigeant, 24 mai 1938

Excelsior, 25 mai 1938

Engagement féministe :

Le Rappel, 8 mai 1926 : conférence sur la situation des enfants adultérins avec Joseph Python et Marguerite Huet. Tribune libre des femmes

La Lanterne, 8 juillet 1927 : conférence sur le divorce avec Germaine Picard-Moch, Nelly Bloch et Me Chochon.

L’Ouest Eclair, 12 avril 1935 : causeries à la radio sur les femmes et la magistrature

Je sais tout, 1 août 1935, « ce que femme veut », article de Nelly Gaston Bloch

Le Matin, 12 février 1936 : conférence sur le vote des femmes avec André le Trocquer, Maria Vérone, et André Lehmann

Engagement politique :

L’Oeuvre, 30 décembre 1935 : Vice-présidente du parti radical socialiste 12e arrondissement

L'Oeuvre, 6 novembre 1938, Femmes radicales socialistes

Profession :

La Dépêche, 27 octobre 1928 : « Comment peut-on abandonner une profession si humaine ? Moi je la place en premier » répondait-elle sur le départ pour le théâtre de sa consœur Renée Ostertag

Gringoire, 2 novembre 1939, article de Géo London.

Interviews :

Match, 13 mai 1930 : « cher monsieur, épouseriez-vous une sportive ? »

Le Petit journal, 22 mars 1937

Bibliothèque Marguerite Durand

Tract pour une réunion publique vendredi 3 mai, à 20 h. 45 école communale 20 rue Poultier (Ile Saint-Louis) : [Affiche] 1932 ; cote AFF 74a.

Yad Vaschem

Convoi 69 du 7 mars 1944

Généanet

 Fernand Katz

Charles Weill, son père

Clémence Lévy sa mère

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