Turlotte diplome
 
 
 
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 Turlotte lettre Turlotte pere 08091944
 
 

 

 

Jean Turlotte, né le 15 octobre 1910 à Paris 16, est l’unique fils de Léon Ernest Julien (1872-1967), négociant puis courtier d’assurances, incorporé classe 1892 (guerre 14/18) et de Madeline Marie Péronne, sans profession. La famille Turlotte est une famille de classe moyenne, le grand-père paternel était caissier à la banque de France.

Jean est un jeune turbulent mais studieux. Inscrit à la faculté de droit, il participe au 1er rang à toutes les bagarres d’étudiants tout en œuvrant activement à l’animation du théâtre.

Titulaire de sa licence le 23 octobre 1924, il sollicite son admission au barreau en 1926. Il effectue son stage comme clerc chez l’avoué Me Dubois, qui le qualifiera de « collaborateur assidu et consciencieux ».

Il suspend son stage pour effectuer son service militaire ; il est de la classe 1930 et appelé dans les chasseurs Alpins, à Isola Var, sous le matricule 4084. Il effectue ses classes au 60e B.C.A. secteur éclaireur skieur 65e division 15e corps d’armée des Alpes.

A son retour du service militaire, il entre dans les assurances pour respecter les traditions familiales ; « mais le champ d’action n’est pas assez vaste. C’est la lutte et la bagarre qu’il lui faut. Où les trouver mieux qu’au palais ».

Il s’inscrit donc au tableau parisien le 19 novembre 1936. Il exerce dans l’appartement de ses parents, un 6 pièces au 7 rue Gavarni dans le 16ème arrondissement. Il devient ensuite le collaborateur de Me Pierre Gabriel domicilié au 10 rue Auber. Il plaide de nombreuses affaires d’assurances et se spécialise dans les questions de transports où ses origines normandes lui permettent de donner sa mesure.

Il vit en couple avec Alix Hannah (1913-1989) sans être marié, et aura un premier enfant, Michel, né à Lyon le 30 juin 1934. Il épousera Alix le 2 juillet 1937 à St Hellier (Seine Maritime), et s’installera avec sa famille dans le VIIe arrondissement de Paris.

Comme une majorité de ses confrères, Jean est mobilisé en 1939, en tant que caporal dans les chasseurs alpins. Il ne peut confier ses dossiers à l’un de ses confrères, écrivant « tous mes confrères sont mobilisés ». Les siens seront attribués à Me Vidart. Il rejoint son corps de chasseurs alpins à Digne. Son régiment stationne dans les Alpes, dans la région de Grasse. Puis il se dirige et campe à la frontière italienne, à Isola. Inactif durant les 9 premiers mois du conflit, il perfectionne son ski et son instruction militaire. 

Le 10 juin 1940, l'Italie de Mussolini déclare la guerre à la France et au Royaume-Uni, guerre qui ne durera que du 10 au 25 juin 1940 au matin. Dans le secteur d'Isola, les hostilités ne sont déclenchées par les Italiens qu'à partir du 20 juin. Jean est alors infatigable, il réclame toutes les missions dangereuses et les liaisons difficiles. Le 24 juin, la signature de l’Armistice entre la France de Pétain et l'Italie de Mussolini doit prendre effet à la première heure du 25 juin, les officiers devant alors fixer sur place la ligne d'armistice. Mais, les militaires italiens, violant alors cet armistice, poursuivent leurs attaques dans la vallée de la Tinée notamment dans le secteur du vallon de Roya.

Au moment où son régiment reçoit l’ordre de se replier du petit village frontière qu’il tenait depuis 8 jours contre plusieurs divisions allemandes, Jean assure le repli de son unité et de ses nombreux prisonniers, et reste le dernier dans le village d’Isola, faisant seul feu contre les ennemis. Ce qui lui vaut la croix de guerre 3940 avec citation à l’Ordre de la division.

Jean sera démobilisé à Dignes et rentrera au Palais. Durant l’occupation, il plaide, particulièrement des affaires de divorce, de pensions alimentaires et d’assistance judiciaire.

Passionné par son métier, il applique les règles jusque dans sa vie personnelle. En effet, en juillet 1941, il attend son tour devant un débit de tabac du 16e arrondissement qui n’ouvre qu’à 11h. A 10h30, la file d’attente est déjà longue et des fumeurs font constater l’heure par le buraliste. Et deux files se forment. Le buraliste appelle les agents de police qui trouvent comme solution d’alterner les deux files : « c’est ingénieux mais irrégulier ! » écrit un journaliste. Jean qui est dans la file, proteste et se fait débouter avec « … les ménagements d’usage ». Il se fâche, fait observer que la loi est la loi et brise la glace d’un poste d’appel, demandant ainsi police secours. Il est emmené au poste. Il demande à être accompagné par un gardien au commissariat de police de la Muette pour déposer sa réclamation ; celle-ci n’a pas été reçue et il est inculpé de détérioration d’objet d’utilité publique. « J’ignorais que le fait de faire appel à la force publique pour faire respecter l’ordre et d’utiliser un appareil dans le but où il a été conçu constitue un délit » écrira-t-il au bâtonnier.  Il porte alors plainte « contre X et au besoin contre tout officier d’administration » pour « pour non-observation de la loi et abus de pouvoir ». Le substitut de la Seine « n’a pas cru devoir retenir à l’encontre de Me Turlotte le délit de bris d’objet d’utilité publique » mais le signale au bâtonnier. Jean écrira des excuses au bâtonnier pour sa regrettable attitude. L’affaire est classée sans suite par l’Ordre.

Lorsque le peuple se soulève pour chasser l’envahisseur, il s’inscrit chez les F.F.I et réclame des missions périlleuses, qu’il mènera dans le quartier du Palais de Chaillot. Lors de la Libération de Paris, il est chef d’une mission pour le groupe du 16ème arrondissement, sous le commandement de Laforêt. Il participe aux combats de l’avenue Kléber et du Majestic pendant l’insurrection.

Le 25 août 1944, le groupement tactique (G.T.) Langlade de la 2e D.B. obtient la reddition de l'hôtel Majestic, siège du Militarbefehlsfaber in Frankreich, commandement en chef pour la France. De nombreux services de l'administration allemande ont été installés à l'hôtel Majestic pendant l'occupation et le 18 août, la garnison en place y est encore importante : officiers d'état-major, administratifs, civils …

A l’approche de l’avenue Kléber, les Sherman et les tanks Destroyer canonnent. Un vrai feu d'artifice ! Les Allemands, réfugiés dans l'hôtel, font savoir qu'ils veulent bien se rendre mais uniquement au commandant Massu. Ce dernier, accompagné du sergent-chef Dannic, se présente à l'entrée de l'immense blockhaus donnant dans la rue La Pérouse. Dannic est alors abattu par un sniper, entraînant une entrée fracassante de Massu, devancé de quelques pas par Jean. Ce dernier s’érige alors en médiateur avec les Allemands et l’armée Leclerc lors de cette négociation de reddition, ce qui lui vaudra les félicitations de ses chefs qui estiment qu’il a suffisamment fait son devoir et qui voulaient le renvoyer à la vie civile. L'opération est terminée vers 17 heures. 

Paris est libérée. Dès le 28 août, l’Ordre organise au Palais de Justice une cérémonie solennelle d’hommage aux morts, dans la salle des Pas-Perdus. Jean est présent pour entendre le bâtonnier Charpentier affirmé : « c’est fini ! Nous sommes redevenus des hommes libres, nous pouvons nous rassembler ; nous pouvons parler, nous pouvons écrire […] », respecter la minute de silence qui suit la lecture des confrères morts au champ d’honneur et pour entonner La Marseillaise.

Dès le lendemain, Jean, sportif, homme d’audace et d’action, part volontairement en reconnaissance du côté de Villiers-le-Bel avec deux camarades, dans une automobile se dirigeant dans la direction de Chantilly. Arrivés à la Redoute d’Ecouen, sur la route nationale 16, un char allemand attaque l’automobile et l’incendie. Jean et ses deux compagnons sont tués par un lance-flamme des chars allemands.

« Il a été dépouillé de tous ses papiers militaires et autres par les Allemands. Ses obsèques ont été célébrées à St François Xavier où « une très importante délégation de FFI rendait les honneurs » expliquera sa veuve quelques mois plus tard. Elle n’était pas informée des activités de résistant de son mari. Elle apprend à sa mort par un ami de Jean, son engagement et le rôle qu’il a joué lors des combats de la Libération. 

« En le donnant à notre pays, nous lui avons offert ce que nous avions des plus chers au monde. Il est notre fils unique. Il était tout ce qui donnait un sens à notre existence ». Lettre de Turlotte père au bâtonnier, 8 septembre 1944.

Une plaque commémorative est apposée par la municipalité de Villiers-le-Bel en souvenir de l’action qu’il a accomplie. Son nom figure sur les monuments aux morts des avocats parisiens.

Cindy GERACI


 

Croix de guerre 39/45. Une palme lui est attribuée à sa mort.

Cité à Ordre de la Nation à titre posthume 8 juillet 1948, J.O. 8 juillet 1948

 

Dossier administratif de Jean Turlotte.

 

Archives Historiques de la Défense :

Vincennes :

Jean Turlotte : 16 P 580305

Caen :

Jean Turlotte : AC 21 P 159631.

 

Dictionnaire Le Maîtron :

Jean Jules Emile Turlotte, notice de Daniel Grason. 

 

Bibliographie :

Armée des Alpes Juin 1940 : la bataille des Alpes, Isola. 

Musée de la Résistance en ligne :

la prise du Majestic, témoignage de Jacques Massu 

Stèle en hommage à trois FFI tombés le 29 août 1944 à Villiers-le-Bel. Photographie © Collection André Froidure/ Droits réservés. 

 

Gallica-BNF-Retronews :

Libération, 2 septembre 1944. 

Le Figaro, 4 septembre 1944. 

 

 

 

 

 

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