« Les Juifs ne sont tolérables dans la société qu'à dose homéopathique. »
Interview de Xavier Vallat, commissaire général aux questions juives, publiée dans le journal collaborationniste Paris-Soir (5 avril 1941).
Qui était Xavier Vallat ?
Antisémite forcené, représentant d’un fascisme à la française tel que décrit par le grand historien israélien Zeev Sternhell, héritier idéologique du « Parti Noir » pour reprendre le titre du livre d’Anatole France décrivant les causes et les effets de l’Affaire Dreyfus, il s’inscrit au Barreau après le Premier conflit mondial.
Archétype de l’ancien Combattant élu dans la Chambre bleue horizon, il fut l’une des figures marquantes de la Droite Parlementaire, anti-maçon, avant de se livrer à un antisémitisme débridé jusques y compris à la Tribune de la Chambre lors de son interpellation contre Léon Blum en 1936.
Avocat peu familier des couloirs du Palais, il sera pourtant élu puis réélu au Conseil de l’Ordre, où il siègera jusqu’en 1942, sans doute essentiellement pour ses prises de positions politiques et antisémites. Il s’est fait connaître en défendant les nervis des Ligues puis certains des membres de la Cagoule.
C’est tout naturellement qu’après avoir voté les pleins pouvoirs à Philippe Pétain on le retrouvera à Vichy, d’abord pour organiser la Légion toute dévouée au Maréchal, puis à la tête du Commissariat aux Affaires Juives où il rédigera le nouveau statut des Juifs de 1941 avant d’être remplacé par le sinistre Darquier de Pellepoix et de jouer les substituts de Philippe Henriot sur les ondes de Radio Paris après l’exécution de ce dernier par la Résistance.
Arrêté à la Libération il sera jugé en Haute Cour et condamné à une peine de dix ans de réclusion et à l’indignité Nationale à vie.
Famille et formation
Né 23 décembre 1891 à Villedieu (Vaucluse), son père était un instituteur connu pour ses idées conservatrices et réactionnaires. Il est le dixième enfant d’une famille très catholique. Il étudie au petit séminaire Saint Charles à Vernoux-en-Vivarais puis au collège du Sacré-Cœur à Annonay. Après son baccalauréat, il s’inscrit en faculté de lettres à Lyon où il obtient une licence ès lettres.
Il commence sa courte carrière d’enseignant au sein de l’enseignement confessionnel qui le mènera d’abord dans un établissement catholique de Toulouse puis au collège catholique d'Aix-en-Provence.
La Première Guerre Mondiale
Mobilisé en aout 1914 au 61° régiment d’Infanterie, son unité d’origine, il combat ensuite au sein du 114° Bataillon de Chasseur Alpins et sera grièvement blessé perdant une jambe ; il est fait Chevalier de la Légion d’honneur.
Démobilisé il se marie le 6 avril 1919 avec Marie-Louise Brossard. Le couple n’aura pas d’enfant.
Le barreau
Admis à la prestation de serment et au Stage sur le rapport du bâtonnier Henri Robert le 22 novembre 1923, il sera inscrit au Grand Tableau le 22 janvier 1929.
Il fréquente peu les couloirs du palais, excepté pour des militants d’extrême droite (dont le jeune Tixier -Vignancourt) accusés d’avoir molesté, lors d’une réunion publique, Jacques Sadoul, membre du PCF, en 1928. Lors de ce procès un incident opposera Xavier Vallat au substitut d’audience sur la qualité d’avocat de la partie-civile : en effet Jacques Sadoul avait été radié par le barreau après sa condamnation à mort par contumace en 1919 pour avoir déserté de la mission militaire française à Moscou en 1917 et rejoint l’Internationale Communiste. Revenu en France, il sera finalement acquitté en 1925 et réintégré au barreau. La trace de cet incident figure dans les archives de l’Ordre dans deux courriers de Xavier Vallat dans lesquels il se justifie à tort en prétendant que Sadoul « sujet russe » (sic) a été « radié », passant sous silence sa réinscription et soulignant le patronyme juif du parquetier en cause …
Il défendra ensuite certains membres de la Cagoule dont le général Edouard Duseigneur, Joseph Darnand et Jacques Corrèze en 1937-1938.
Après son interpellation antisémite de Léon Blum devant la Chambre des députés, il est élu de justesse au Conseil de l’Ordre en 1936 par 470 voix sur 941 (au 9° tour), battant son confrère respecté et estimé Etienne Caen mais « qui a le seul tort d’être juif » comme l’écrit Maurice Garçon dans son journal. C’est un véritable séisme, le même auteur note :
« Ce qui frappe le plus, c’est la pâleur de certains. Il est évident que l’émotion qui les agite est peu commune. Les juifs surtout sont en fureur. L’un d’eux que j’aime bien, Kadmi Cohen, est dans un état d’indignation qui me fait de la peine. Il me dit :
- le Palais nous a rejeté en faisant cette élection …on nous signifie notre congé comme par un soufflet… ».
Les paroles de Kadmi Cohen sont hélas prémonitoires.
Réélu au 1er tour en 1937, il le sera à nouveau en 1938, certes au 5° tour : nul doute, comme l’avait également relevé Maurice Garçon dès 1936, qu’il « soit devenu tout à coup le candidat favori de tout ce qui déteste les sémites et en général le parti actuellement au pouvoir » (ibidem).
Il est un avocat d’influence, compte -tenu de sa filiation politique et de son mandat parlementaire. En 1938, on le voit intervenir en faveur du couvent des Dominicains de Sens auprès de l’évêque de cette ville dans un dossier de succession recueillie par cette congrégation.
Il restera membre de l’instance ordinale jusqu’au 3 aout 1942, date à laquelle il démissionnera de ce mandat, après avoir sollicité sa mise en congé du barreau. Il est nommé ministre plénipotentiaire par le gouvernement de Vichy pour le consoler de son éviction du poste de Commissaire Général aux Questions Juives.
Un Parlementaire antisémite et antimaçon sous la III° République
Elu député de l’Ardèche dans la Chambre Bleue Horizon en 1919 au scrutin de liste, il est proche de Georges Valois créateur des Faisceaux des Combattants et Producteurs, et sympathisant de l’Action Française.
Son antisémitisme s’exprime très vite dès le 30 décembre 1920, lorsqu’il interpelle le ministre de l'Intérieur Théodore Steeg au sujet de la venue de la communiste allemande Clara Zetkin au Congrès de Tours :
« Clara Zetkin s'est donc introduite en France malgré les ordres donnés aux divers agents de la sûreté nationale.
Est-ce très étonnant ? Non, car dans une discussion récente qui a eu lieu dans une enceinte voisine, on a établi avec quelle facilité les émigrants venus de l'Est, se disant tous israélites russes ou polonais, même lorsqu'ils parlent l'allemand et ignorent le slave, pouvaient passer la frontière à pied et apporter au 4e arrondissement de Paris à la fois leurs insectes, leurs théories bolchevistes et les germes de la maladie n°9. (Applaudissements à droite et sur divers bancs.) ; Et ce que j'en dis ne doit nullement froisser les quelques israélites français, bien assimilés à notre race, qui se trouvent parmi nous. » (cité par Laurent Joly in Revue d’Histoire de la Shoah 2001/3 « Xavier VALLAT un parlementaire antisémite » p. 18).
Clara Zetkin, journaliste, féministe, venait d’être élue députée du KPD (Parti communiste d’Allemagne). Sa participation au 18e congrès de la SFIO à Tours n’était pas prévue, les autorités françaises ayant refusé de lui octroyer son visa.
Il ne s’agit là que de la première des nombreuses déclarations antisémites qu’il prononcera devant la Chambre des Députés, dans laquelle il siégera jusqu’en 1924 puis sans interruption de 1928 à 1940, avant de voter les pleins pouvoirs à Pétain.
Il est aussi au comité exécutif de la Fédération Nationale Catholique et réclame à ce titre dès 1930 la dissolution des obédiences maçonniques. Lecteur de la Revue des sociétés secrètes, il est également vice-président du groupe parlementaire de Défense contre la franc-maçonnerie, constitué en 1934, et devient membre du comité directeur de l'Union antimaçonnique de France à sa fondation en 1935. Avec René Dommange, il profite du débat sur le projet de loi sur la dissolution des ligues en décembre 1935 pour déposer un amendement demandant qu’y soient incluses les associations « clandestines ou secrètes » et plus particulièrement la franc-maçonnerie.
Un moment proche des croix de Feu, il se brouillera définitivement avec leur chef, le colonel de La Roque pour se radicaliser en s’affichant proche des Cagoulards.
C’est surtout le 6 juin 1936, lorsqu’il interpelle Léon Blum, qui se présente avec le gouvernement du Front Populaire, qu’il donne la mesure de son antisémitisme forcené :
« Il est une autre raison qui m'interdit de voter pour le ministère de M. Blum : c'est M. Blum lui-même. Votre arrivée au pouvoir, monsieur le Président du conseil, est incontestablement une date historique. Pour la première fois, ce vieux pays gallo-romain sera gouverné...
M. Édouard Herriot : Prenez garde, monsieur Vallat.
M. Xavier Vallat : ... par un Juif … Je dis, parce que je le pense, - et j'ai cette originalité ici, qui quelquefois me fait assumer une tâche ingrate, de dire tout haut ce que tout le monde pense tout bas (Applaudissements à droite - Exclamations à gauche et à l'extrême gauche) — que, pour gouverner cette nation paysanne qu'est la France, il vaut mieux avoir quelqu'un dont les origines, si modestes soient-elles, se perdent dans les entrailles de notre sol qu'un talmudiste subtil. » (Journal Officiel,séance du 6 juin 1936)
Ce discours vaut à son auteur un incontestable et navrant succès de tribune dans la Chambre mais, pire encore, il fait de Xavier Vallat, pour reprendre l’expression de Laurent Joly, « le premier antisémite de France ». Cet historien relève : « Xavier Vallat va désormais incarner l'espoir de l'antisémite moyen. Il va ainsi se persuader que sa mission est de résoudre le « problème juif ».
Le même auteur dans un article intitulé « Antisémites et antisémitisme à la Chambre des députés sous la IIIe République », paru dans la Revue d'histoire moderne et contemporaine note :
« Pour la première fois, un député d’envergure nationale, et non plus un marginal du style Baudry d’Asson, Denis ou Delahaye, défend ouvertement, en l’argumentant, une analyse de l'antisémitisme non racial. Pour la première fois, l’antisémitisme parlementaire vise directement un homme politique juif, non plus sous la forme de développements généraux ou d’insultes fusant de l’hémicycle, mais sous la forme d’une attaque préméditée et rédigée. Il est à noter que Vallat ne se contente pas d’agresser Léon Blum, mais qu’il s’en prend aussi, en passant, à Georges Mandel — qu’il présente comme « Jéroboam Rothschild » -, censé, pourtant, être l’un de ses amis politiques. »
Un zélé architecte des mesures antijuives
Comme pour son ami Charles Maurras, la fin de la Troisième République est une « divine surprise ». C’est donc tout naturellement qu’après avoir voté les pleins pouvoirs et approuvé la création de l’Etat Français, on le retrouve à Vichy où il est nommé Secrétaire Général des Anciens Combattants il sera à l’initiative de la création de la Légion des Combattants, d’où sera issu le service d’Ordre légionnaire dirigé par le sinistre Darnand qui fut, comme nous l’avons vu plus haut, son client dans le procès de la Cagoule.
Thuriféraire du Maréchal, il indispose cependant l’occupant en prétendant au nom du patriotisme implanter la Légion des Combattants dans les départements d’Alsace-Moselle annexés par le Reich, il est aussitôt évincé de cette fonction. Le Vice -Président du Conseil Darlan lui propose alors, selon lui, « à titre de compensation », plusieurs postes parmi lesquels celui de Commissaire Général aux Questions Juives qu’il choisit immédiatement. Il déclarera lors de son procès avoir expliqué ainsi à Darlan les raisons de son choix :
« J'estime [...] que j'ai plus de compétence pour m'occuper de ce problème sur lequel je me suis penché depuis longtemps que pour d'autres problèmes d'ordre purement administratif que je connais moins bien. »
Il est nommé Commissaire Général le 29 mars 1941, Robert Badinter note dans son livre Un antisémitisme ordinaire :
« En lui confiant le poste de commissaire général aux Questions juives, Pétain et Darlan marquaient que si le nouveau régime entendait fonder une France où les Juifs seraient traités en citoyens de seconde zone, voire en parias, leur antisémitisme se voulait national. Nul mieux que Xavier Vallat, combattant héroïque de la Grande Guerre, catholique fervent et dévot du Maréchal ne pouvait mieux incarner cet antisémitisme « à la française».
Il se met immédiatement au travail, puisque la loi du 2 mars 1941 lui donne mission de « préparer et de proposer au chef de l’Etat toutes mesures législatives relatives à l’état des Juifs, à leur capacité politique, à leur aptitude juridique à exercer des fonctions, des emplois et des professions… ».
Il est l’auteur principal du second statut des Juifs du 2 juin 1941 et des lois subséquentes, ce qu’il revendiquera lors de son procès devant la Haute Cour. C’est ainsi que le statut du 2 juin 1941 aggrave la définition de l’appartenance à la race juive puisque « Est regardé comme de race juive le grand-parent ayant appartenu à la religion juive ». Le champ des interdictions professionnelles est étendu et s’agissant des professions libérales, les juifs ne pourront les exercer que « dans les limites et conditions fixées par décret en Conseil d’Etat » alors que le statut précédent concocté par Alibert avait affirmé le principe inverse.
La mise en place du numerus clausus suivra, y compris pour les avocats, devant ses juges Xavier Vallat prétendra qu’« étant membre du Conseil de l’Ordre, j’ai soumis mon sentiment à mes collègues et que le principe n’en a été discuté par aucun…La seule divergence qu’il y a eu entre le Bâtonnier Charpentier et moi a porté sur la priorité du numerus clausus. Le Bâtonnier Charpentier eut préféré que les anciens combattants ou victimes de guerre fussent de toute façon hors du numerus clausus ».
Le décret sera donc préparé par les services du Commissariat général et soumis au Conseil d’Etat puis adopté en Conseil des ministres le 16 juillet 1941 et publié le lendemain au J.O : le chiffre de 2% sera donc fixé, anciens combattants compris.
Mais plus grave encore, Xavier Vallat a connu dès sa nomination les projets allemands de déportation des Juifs de France, préalablement à sa rencontre avec le général von Stülpnagel : le 4 avril 1941, il a reçu du docteur Best, chef de l’administration civile en Zone Occupée, un schéma dont le point 3 est ainsi rédigé :
« Le commissaire général est invité à mettre sur pied d’ores et déjà, le plan et les mesures préliminaires d’une déportation de Juifs. Il pourra se mettre à cet effet en rapport, par l’intermédiaire de notre service avec, les autorités du Reich ayant l’expérience de ces questions ». Le lendemain, lors de son entretien avec Von Stülpnagel, ce point est abordé ; lors de son procès Vallat prétendra qu’il a opposé à son interlocuteur une fin de non-recevoir arguant du fait que le texte instituant le Commissariat avait exclu de sa compétence le fichage et l’internement.
Nous pouvons en douter puisque l’article 9 de la loi du 2 juin 1941, préparée par les services du Commissariat sous son autorité, édictera des peines de 6 mois à 5 ans de prison à l’encontre de tout contrevenant sans préjudice du prononcé d’un internement administratif dans un camp spécial par décision préfectorale, même si l’intéressé est français. Bien plus la seconde loi du 2 juin 1941, préparée elle aussi par Xavier Vallat, organise le recensement des juifs et donc leur fichage.
Dans la pratique, le Commissariat Général de Xavier Vallat utilisera la Police des Questions Juives « pour traquer les Juifs à propos de toutes les mesures prises contre eux » (in J. Billig Le commissariat général aux Questions Juives). En outre Xavier Vallat se voit confier la mission de dépossession des Juifs. Il sera donc l’artisan de la rédaction et de la mise en œuvre du décret du 22 juillet 1941 permettant de faire contrôler l'aryanisation des entreprises juives par le CGQJ.
C’est également sous ses auspices que sera préparé et adopté le décret pris en Conseil des Ministres le 29 novembre 1941 créant l’Union Générale des Israelites de France (UGIF) dont le rôle et les responsabilités dans la déportation et la spoliation ont été abondamment commentés ; dans l’esprit de ses promoteurs vichyssois et allemands, il s’agit de construire un « Jundenrat » à la française.
La mission de l'UGIF est d'assurer la représentation des Juifs auprès des pouvoirs publics, notamment pour les questions d'assistance, de prévoyance et de reclassement social. Tous les Juifs demeurant en France sont tenus d'y adhérer, les autres associations juives ayant été dissoutes et leurs biens donnés à l'UGIF.
On le voit Xavier Vallat a été au cœur de l’application de la solution finale pour les Juifs de France : en effet pour reprendre le schéma établi par Raul Hilberg des processus de destruction, il a bien participé :
- à la définition au travers de la mise en place du statut du 2 juin 1941 et par la création de l’UGIF,
- à l’expropriation au travers de l’élaboration puis de l‘application du décret du 22juillet 1941,
- et enfin à la concentration au travers des internements et des obligations de recensement prévus par la deuxième loi du 2 juin 1941,
- le tout préparant et facilitant l’étape ultime de l’extermination qui sera menée par Dannecker, Ober, la SS et la Gestapo avec la complicité de René Bousquet et Jean Leguay à la tête de la police française.
Est-ce à dire que cela vaille à Xavier Vallat le satisfecit de ses maitres collaborationnistes et nazis ? Certainement pas, car s’il est un antisémite convaincu, il estime par un patriotisme dévoyé, que les Juifs de France, s’ils doivent être persécutés, doivent l’être par un bourreau français, ce qui lui vaudra quelques algarades avec ses interlocuteurs du SD allemand, telle cette scène grotesque rapportée par Robert Badinter :
« le 17 février 1942, au siège du SD à Paris, lors d’une réunion au cours de laquelle Dannecker lui avait reproché « sa tactique dilatoire », Vallat lui rétorqua : « Je suis un antisémite de plus ancienne date que vous. D’ailleurs je pourrais être votre père. » Dannecker rapporta à ses supérieurs : « Vallat s’est oublié au point de faire la remarque qu’il ne pouvait être traité par moi comme un subordonné. »
Dès lors son sort est scellé, sous le prétexte que les autorités d’occupation ne l’autorisent plus à se rendre en zone occupée. Il est démis de ses fonctions et sera remplacé par Darquier de Pellepoix nommé le 8 mai suivant par Laval.
Nommé ministre plénipotentiaire le 7 juin 1942, il adresse fièrement au bâtonnier le 3 octobre de la même année sa démission du Conseil de l’Ordre sur une lettre à en-tête du ministère des Affaires étrangères du gouvernement fantoche de Vichy. Ayant rang de sous-directeur depuis le mois de novembre 1942, il n’y exercera aucune fonction étant rattaché au cabinet du Chef du Gouvernement où il est chargé des problèmes agricoles et du ravitaillement. Il est également membre du conseil de l’ordre de la Francisque Gallique depuis le 17 juin 1942. La Francique Gallique, créée en 1941, est une décoration attribuée par le régime de Vichy, comme marque spéciale d’estime à Philippe Pétain.
Il est nommé en avril 1944 vice-président de la Légion des Combattants en remplacement de Jacques Péricard et poursuit sa carrière de collaborateur en poussant l’ignominie jusqu’à remplacer Philippe Henriot après son exécution par la Résistance au micro de Radio-journal de France du 29 juin au 19 aout 1944.
La Haute Cour de Justice
Xavier Vallat est arrêté le 26 aout 1944 à Vichy, emprisonné à Fresnes, inculpé d’atteintes à la sureté de l’Etat, d’indignité nationale et d’actes de nature à nuire à la Défense Nationale. Il est renvoyé de ces chefs devant la Haute-Cour de Justice le 19 juin 1947 par arrêt de la Commission d’Instruction de cette juridiction.
Sa défense est assurée par ses confrères Max Vitry et André Viénot (ce dernier ayant siégé avec lui au Conseil de l’Ordre). Ils tenteront de relativiser son rôle et ses responsabilités en plaidant notamment que l’action de leur client a permis de protéger les juifs français de la déportation et qu’il a appliqué les textes avec humanité, et enfin qu’il ne s’est pas enrichi personnellement (contrairement à son successeur Darquier de Pellepoix). Cependant jamais Xavier Vallat ne regrettera à l’audience, pas plus qu’il ne l’a fait à l’instruction, d’avoir porté l’antisémitisme d’Etat de Vichy, revendiquant toujours d’avoir été « le premier antisémite de France » ainsi que l’avait surnommé un journal après l’interpellation de Léon Blum en 1936.
La Haute-Cour, le 10 décembre 1947, présidée par Louis Noguères le condamne, après l’avoir reconnu coupable des faits qui lui étaient reprochés, à la peine de 10 ans d’emprisonnement et à celle d’indignité nationale à vie et motive sa décision en relevant d’une part que Xavier Vallat a « dès le 2 juin 1941 mis à exécution ledit programme qui tendait à rejeter les israélites français hors de la communauté française et ce en présence de l’ennemi occupant une grande partie du territoire national » et d’autre part que les chroniques et éditoriaux donnés à Radio-Journal de France « constituent dans leur ensemble l’entreprise de démoralisation de l’armée et de la Nation ».
Il purgera sa peine à Clairvaux où il partagera sa cellule avec son maître à penser Charles Maurras. Il sera exclu le 8 juin 1948 du barreau de Paris en vertu de l’article 21 -6°de l’ordonnance du 26 décembre 1944 sans qu’il comparaisse. Sa convocation devant le Conseil de l’Ordre avait cependant été réclamée par le Procureur Général en vue d’examiner sa responsabilité disciplinaire, ce qui ne se produira pas, le Conseil ayant dans le même arrêté renvoyé cette question à sa comparution effective devant l’instance ordinale puisqu’étant détenu, il n’avait pu se rendre.
Xavier Vallat ne sera jamais reconvoqué même après sa sortie de prison qui interviendra en décembre 1949 sous le régime d’une libération conditionnelle accordée par le Garde des sceaux René Mayer. Cette mesure de clémence suscitera des protestations indignées et une campagne publique menée par le MRAP. Il bénéficiera de l’amnistie instituée par la loi du 6 aout 1953.
Antisémite jusqu’au bout
Grace à son compagnonnage avec Maurras à Clairvaux, Xavier Vallat se rapproche d’Aspect de la France qui prend la suite de l’Action Française. Il se fera éditorialiste de cette publication d’extrême droite d’abord sous un pseudonyme puis à visage découvert.
Monarchiste revendiqué, il n’a rien appris, ni rien oublié pour reprendre la formule de Châteaubriand : en 1963, on le retrouve membre du comité de patronage de la Société des Amis d’Edouard Drumont.
Il décède le 6 janvier 1972 à Annonay. Il est enterré à Pailharès en Ardèche dont il fut le maire et conseiller général jusqu’en 1940.
Beate et Serge Klarsfeld ainsi qu’un photographe Elie Kagan, tous trois portant l’étoile jaune pour rappeler sa contribution à la politique antisémite de Vichy, assisteront à ses obsèques célébrées le 8 janvier suivant.
Jean Paul Lévy
Chevalier de la légion d’honneur.
Dossier administratif de Xavier Vallat.
Le procès de Xavier VALLAT présenté par ses amis, Editions du Conquistador,1948.
Gallica / BNF :
Journal Officiel séance du 6 juin 1936.
La République de l’Est, 29 juin 1938.
Le Petit Dauphinois, 29 juin 1938.
Bibliographie :
Robert Badinter, Un antisémitisme ordinaire, Vichy et les avocats juifs, 1940-1944, Fayard, 1997.
Joseph Billig, Le commissariat général aux Questions Juives, Editions du centre de documentation juive contemporaine 1995.
Journal de Maurice Garçon, 1939-1945, Belles Lettres, Fayard, 2015.
Raul Hilberg, La destruction des juifs d’Europe, Folio, Gallimard, 2026.
Liora Israël, Robes noires, années sombres : La Résistance dans les milieux judiciaires, Fayard, 2005.
Laurent Joly, Revue d’Histoire de la Shoah, 2001/3 « Xavier VALLAT un parlementaire antisémite ».
Laurent Joly, Xavier Vallat (1891-1972). Du nationalisme chrétien à l’antisémitisme d’État, préface de Philippe Burrin, postface de Jean-Claude Nicolas, Paris, Grasset, 2001.
Libération, 25 décembre 2017, C. Mallaval « Beate et serge KLARSFELD : le parcours des combattants ».






