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Musée du Barreau

25 rue du Jour

75001 Paris

Tél : 01 44 32 47 48

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Par son ampleur et sa durée, la Première Guerre mondiale a touché l’ensemble de la population française. Cet événement exceptionnel a suscité la rédaction de multiples documents d’archives personnelles : correspondances entre les soldats et leurs proches, carnets de croquis pris sur le vif au milieu des combats, souvenirs écrits après la guerre… Ces documents d’archives privées, auxquels s’ajoutent parfois des souvenirs familiaux, compléteront les collections du Musée..

Moride photo
Moride lettre mere
Moride lettre demande aide
Moride lettre remerciement
« Ce n’est plus une ville, c’est un cadavre qui répand une odeur infecte, en étalant le squelette de ses solives sans tuiles », écrivait, le 12 juin 1915, Albert Provost, un jeune Poilu, à ses parents, en évoquant Neuville-Saint Vaast.
Pierre Moride a laissé sa vie, 4 jours auparavant, dans le charnier qu’est la ville, jonchée de centaines de cadavres mêlées de soldats français et allemands.
Pierre Moride est né le 13 août 1883 à Paris. Son père, Edouard Moride, est négociant, autrement dit commerçant. Son oncle, Gabriel Moride, est employé de commerce. Situations assez modestes au regard de celle qu’atteindra Pierre Moride. Il est licencié en droit en 1905 et s’inscrit au Tableau du Barreau de Paris, le 19 décembre 1905.
Mais c’est l’enseignement qui l’intéresse. Il veut atteindre le prestigieux titre d’agrégé des facultés de droit. Il poursuit ses études et est reçu Docteur en sciences politiques et économiques en 1908, après avoir présenté une thèse sur « Le produit net des physiocrates et la plus-value de Marx ». En 1909, le titre de Docteur en droit lui est décerné pour sa thèse sur les Modifications apportées par la loi du 13 juillet 1907 au régime de la communauté légale (relatives au libre salaire de la femme mariée). L’année suivante, en 1910, il passe le concours de l’agrégation qu’il rate de peu. Il est chargé d’économie politique à la Faculté de Paris, puis en octobre 1912, un poste de chargé de cours d’économie politique auprès de la Faculté de Montpellier lui est confié.
Il publie ses travaux personnels, en particulier une étude sur « les maisons à succursales multiples en France et à l’étranger », ouvrage qui lui vaut une reconnaissance scientifique et qui est couronné par l’Académie des Sciences Morales et Politiques. Malheureusement, attribué en 1916, ce prix sera déposé sur une tombe. Son enquête a mené Pierre Moride en Allemagne, dont il possède la langue, à l’instar de nombreux futurs combattants. En 1910, après avoir publié une étude sur Karl Marx et l’idée de justice, il livre une nouvelle monographie sur Le mouvement des coopératives de crédits vers 1863. En 1914, sa dernière contribution à la pensée économique a trait à La prescription de la contribution patronale établie par la loi sur les retraites ouvrières et paysannes. Ces travaux lui valent, le 31 décembre 1914, alors qu’il est au front, d’être nommé chargé des fonctions d’agrégé auprès de la Faculté de Montpellier.
Une brillante carrière universitaire s’annonçait. Elle a été brutalement interrompue par un ordre de mobilisation qui l’affecte au 36ème Régiment d’Infanterie. Ce régiment, composé de Normands et de Parisiens va parcourir, en 1914, les Ardennes, puis la Meuse, avant d’être orienté vers la Belgique, puis l’Artois en mai 1915.
Neuville-Saint Vaast, dans le Pas-de-Calais, est occupé par les Allemands quand une attaque générale est décidée, le 1er juin 1915. L’objectif est de récupérer l’intégralité du village. Il faut, coûte que coûte, reprendre du terrain, délivrer la terre sacrée de la France. A l’heure dite, les compagnies s’élancent vers les maisons, sabres ou baïonnettes au clair, les poitrines offertes à la mitraille boche qui décime les rangs valeureux. Les hommes savent leur sacrifice et y consentent. Pierre Moride est dans cet enfer. Lui, le distingué économiste, l’avocat parisien, s’est fondu dans les rangs du 36ème régiment d’infanterie.
Depuis des mois, les combats, la vie commune, les souffrances n’ont plus laissé que le frère d’armes, le soldat courageux, dévoué à la patrie. Pendant des heures, de jour, de nuit, la lutte de maison en maison est féroce. Héroïque folie. Grenades, coups de révolvers, de fusils, bombardements incessants, les soldats des deux camps s’affrontent dans un corps à corps sans cesse renouvelé pour une pièce, un mur, un bout de jardin.
Le 8 juin 1915, une nouvelle offensive française permet de récupérer la partie sud du village qui n’est que ruines. Une redoute résiste et sa mitraille fait une macabre récolte de vies humaines. La section de Pierre Moride, engagé sergent et devenu sous-lieutenant au printemps, s’élance à l’assaut. La bravoure des hommes, leur mépris de la mort sont récompensés : la redoute tombe et la ville est reconquise. Un officier d’un régiment voisin dira, après avoir vu le 36ème R.I. en action, que c’est « une bande de héros ».
Pierre Moride, l’intellectuel devenu homme de guerre par la force de l’engagement est tombé, son cadavre couché parmi les centaines d’autres, compatriotes et ennemis confondus dans le massacre. Il avait 32 ans et déjà une œuvre riche et prometteuse derrière lui.

Citations et décorations :

  • Cité à l'Ordre de la Division :

« A été tué au moment où, sous un bombardement terrible et sous une pluie de balles, il entraînait sa section à l'assaut des maisons d'un village ».

  • Croix de guerre (étoile d'argent). - Chevalier de la Légion d'honneur à titre posthume
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Moride lettre mere
Moride lettre demande aide
Moride lettre remerciement
« Ce n’est plus une ville, c’est un cadavre qui répand une odeur infecte, en étalant le squelette de ses solives sans tuiles », écrivait, le 12 juin 1915, Albert Provost, un jeune Poilu, à ses parents, en évoquant Neuville-Saint Vaast.
Pierre Moride a laissé sa vie, 4 jours auparavant, dans le charnier qu’est la ville, jonchée de centaines de cadavres mêlées de soldats français et allemands.
Pierre Moride est né le 13 août 1883 à Paris. Son père, Edouard Moride, est négociant, autrement dit commerçant. Son oncle, Gabriel Moride, est employé de commerce. Situations assez modestes au regard de celle qu’atteindra Pierre Moride. Il est licencié en droit en 1905 et s’inscrit au Tableau du Barreau de Paris, le 19 décembre 1905.
Mais c’est l’enseignement qui l’intéresse. Il veut atteindre le prestigieux titre d’agrégé des facultés de droit. Il poursuit ses études et est reçu Docteur en sciences politiques et économiques en 1908, après avoir présenté une thèse sur « Le produit net des physiocrates et la plus-value de Marx ». En 1909, le titre de Docteur en droit lui est décerné pour sa thèse sur les Modifications apportées par la loi du 13 juillet 1907 au régime de la communauté légale (relatives au libre salaire de la femme mariée). L’année suivante, en 1910, il passe le concours de l’agrégation qu’il rate de peu. Il est chargé d’économie politique à la Faculté de Paris, puis en octobre 1912, un poste de chargé de cours d’économie politique auprès de la Faculté de Montpellier lui est confié.
Il publie ses travaux personnels, en particulier une étude sur « les maisons à succursales multiples en France et à l’étranger », ouvrage qui lui vaut une reconnaissance scientifique et qui est couronné par l’Académie des Sciences Morales et Politiques. Malheureusement, attribué en 1916, ce prix sera déposé sur une tombe. Son enquête a mené Pierre Moride en Allemagne, dont il possède la langue, à l’instar de nombreux futurs combattants. En 1910, après avoir publié une étude sur Karl Marx et l’idée de justice, il livre une nouvelle monographie sur Le mouvement des coopératives de crédits vers 1863. En 1914, sa dernière contribution à la pensée économique a trait à La prescription de la contribution patronale établie par la loi sur les retraites ouvrières et paysannes. Ces travaux lui valent, le 31 décembre 1914, alors qu’il est au front, d’être nommé chargé des fonctions d’agrégé auprès de la Faculté de Montpellier.
Une brillante carrière universitaire s’annonçait. Elle a été brutalement interrompue par un ordre de mobilisation qui l’affecte au 36ème Régiment d’Infanterie. Ce régiment, composé de Normands et de Parisiens va parcourir, en 1914, les Ardennes, puis la Meuse, avant d’être orienté vers la Belgique, puis l’Artois en mai 1915.
Neuville-Saint Vaast, dans le Pas-de-Calais, est occupé par les Allemands quand une attaque générale est décidée, le 1er juin 1915. L’objectif est de récupérer l’intégralité du village. Il faut, coûte que coûte, reprendre du terrain, délivrer la terre sacrée de la France. A l’heure dite, les compagnies s’élancent vers les maisons, sabres ou baïonnettes au clair, les poitrines offertes à la mitraille boche qui décime les rangs valeureux. Les hommes savent leur sacrifice et y consentent. Pierre Moride est dans cet enfer. Lui, le distingué économiste, l’avocat parisien, s’est fondu dans les rangs du 36ème régiment d’infanterie.
Depuis des mois, les combats, la vie commune, les souffrances n’ont plus laissé que le frère d’armes, le soldat courageux, dévoué à la patrie. Pendant des heures, de jour, de nuit, la lutte de maison en maison est féroce. Héroïque folie. Grenades, coups de révolvers, de fusils, bombardements incessants, les soldats des deux camps s’affrontent dans un corps à corps sans cesse renouvelé pour une pièce, un mur, un bout de jardin.
Le 8 juin 1915, une nouvelle offensive française permet de récupérer la partie sud du village qui n’est que ruines. Une redoute résiste et sa mitraille fait une macabre récolte de vies humaines. La section de Pierre Moride, engagé sergent et devenu sous-lieutenant au printemps, s’élance à l’assaut. La bravoure des hommes, leur mépris de la mort sont récompensés : la redoute tombe et la ville est reconquise. Un officier d’un régiment voisin dira, après avoir vu le 36ème R.I. en action, que c’est « une bande de héros ».
Pierre Moride, l’intellectuel devenu homme de guerre par la force de l’engagement est tombé, son cadavre couché parmi les centaines d’autres, compatriotes et ennemis confondus dans le massacre. Il avait 32 ans et déjà une œuvre riche et prometteuse derrière lui.

Citations et décorations :

  • Cité à l'Ordre de la Division :

« A été tué au moment où, sous un bombardement terrible et sous une pluie de balles, il entraînait sa section à l'assaut des maisons d'un village ».

  • Croix de guerre (étoile d'argent). - Chevalier de la Légion d'honneur à titre posthume

Sources ODAP

  • Lettre de Mme Moride mère (1er juillet 1915)
  • Lettre de Pierre Moride demandant au Bâtonnier une allocation pour sa famille (8 janvier 1915)
  • Lettre de remerciement de Pierre Moride au Bâtonnier (16 janvier 1915)

Autres Sources

Chtimiste.com : L'offensive d'Artois en mai et juin 1915 
Chemins de mémoire 14-18 : La seconde bataille d'Artois 
 

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