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Musée du Barreau

25 rue du Jour

75001 Paris

Tél : 01 44 32 47 48

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Par son ampleur et sa durée, la Première Guerre mondiale a touché l’ensemble de la population française. Cet événement exceptionnel a suscité la rédaction de multiples documents d’archives personnelles : correspondances entre les soldats et leurs proches, carnets de croquis pris sur le vif au milieu des combats, souvenirs écrits après la guerre… Ces documents d’archives privées, auxquels s’ajoutent parfois des souvenirs familiaux, compléteront les collections du Musée..

VILLENAVE Jacques portrait
VILLENAVE Etat des services militaires
Villenave extrait discours obseque
Villenave expo
 
Jacques Villenave est né à Oran, en Algérie, le 1er octobre 1886. Le lieu de sa naissance résulte vraisemblablement d’une mission de son père, Jean Léo, car ce dernier, ingénieur, est né à Bordeaux. Sa mère, Françoise Rosita Goudin, est âgée de 29 ans et elle est sans profession. L’acte de naissance, puis l’acte de mariage de Jacques Villenave révèlent un environnement familial composé d’ingénieurs. Qu’est-ce qui a conduit Jacques vers le droit ?
Son dossier ne donne aucune indication sur ses études de jeunesse. A-t-il grandi à Paris où ses parents sont domiciliés 94, boulevard de Courcelles ? C’est à Paris, dans le 17ème arrondissement, qu’il s’engage volontairement le 9 octobre 1905 en faisant valoir sa situation d’ « aspirant au doctorat en droit », qui lui permet, en sa qualité d’étudiant, de déroger aux trois années de service militaire.
Il est affecté au 54ème régiment d’infanterie. Certificat de bonne conduite en poche, il est envoyé en disponibilité le 18 septembre 1906 en attente de son incorporation dans la réserve de l’armée active qui n’interviendra que deux ans plus tard, le 9 octobre 1908. Son dossier mentionne qu’il est admis à prêter serment d’avocat le 25 juin 1912. Il a 28 ans.
Sans doute en raison de son âge, Maître Boullay, le rapporteur, annote la fiche dans la marge : « N’a jamais demandé encore à appartenir au Barreau ». Il est inscrit au tableau le 10 octobre 1912 et obtient son diplôme de docteur en droit le 19 décembre de la même année.
Lors de la mobilisation du 1er août 1914, il est affecté au 226ème régiment d’infanterie, caserné près de Toul. Les deux premiers mois, le régiment se bat en Lorraine. Les pertes sont effrayantes, le régiment a perdu 800 hommes à la fin du mois d’août 1914. Il participe ensuite à la première offensive en Artois. L’hiver voit le régiment sur le front près de Berthonval, au-dessus d’Arras. Le JMO (Journal des Marches et Opérations) de la 139ème brigade d’infanterie, à laquelle appartient le 226ème RI fait état de communications et de rapprochements sévèrement réprimés entre les Français et les Allemands au moment de Noël. Le 226ème reste dans le secteur de Berthonval jusqu’en avril 1915.
En mai, la seconde offensive d’Artois est déclenchée. L’objectif est de reprendre la crête de Vimy qui domine et tient sous ses canons la plaine qui s’étend jusqu’à Douai. Le 226ème doit prendre les hauteurs 140 et 119, près de Carency, un village situé à la lisière du bois de Berthonval. Le 11 mai, le régiment de Jacques s’élance de nouveau. L’artillerie ennemie, bien en place et en situation haute, pilonne sans interruption le terrain, mitrailleuses et canons déversent des tonnes d’acier sur les soldats français qui tentent d’avancer.
Le 12 mai, le village de Carency est encerclé et tombe. Un millier de prisonniers est fait. Les soldats poussent leur avantage vers Ablain Saint Nazaire. Sous le déluge d’obus, Jacques est frappé grièvement par des shrappnels. Malgré la gravité de ses blessures, il continue de mener ses hommes et de les calmer. Il est néanmoins évacué. Jacques a reçu 5 éclats d’obus. Il va rester hospitalisé, puis en convalescence pendant près d’un an et demi.
Le 20 décembre 1915, il se marie avec Germaine Revol, dont le père est Ingénieur principal du Génie maritime. L’un des témoins est ingénieur civil des Mines. Pas d’avocat dans cette famille d’ingénieurs. Le 21 juin 1916, ses blessures lui valent d’être temporairement réformé. Son registre matricule militaire indique la nature de la blessure qui lui vaut la réforme : « Blessure par éclat d’obus. Impotence fonctionnelle main gauche en attitude permanente d’extension ainsi que tous les doigts par contracture d’ordre réflexe. Troubles vaso-moteurs et thermiques tenaces. ». Par décision du 19 juin 1917, il est définitivement admis à la réforme du fait de sa main gauche et de l’atrophie de l’avant-bras gauche à la suite de la fracture ouverte causée par l’un des éclats d’obus. Il est jugé handicapé à 60%. Toutefois, la présence dans son corps des autres éclats va entrainer plusieurs opérations les années suivantes jusqu’à la dernière qui lui sera funeste.
En août 1917, Jacques Villenave exerce devant les conseils de guerre. Une affaire classée « d’espionnage » qui fait grand bruit le met en lumière dans les quotidiens le 12 août 1917 : il défend devant le 3ème Conseil de guerre un couple qui, pour éviter à la femme allemande d’aller en camp de concentration (sic), a utilisé des faux papiers. On trouve également, dans son dossier, une recommandation de l’Ordre pour sa compétence en droit des transports.
En 1927, il est collaborateur du bâtonnier Aubépin. Les éclats d’obus reçus en 1915 l’ont rendu définitivement handicapé et ils continuent à le faire souffrir. Les médecins constatent qu’il est nécessaire de l’opérer à nouveau pour enlever l’un d’eux situé dans son foie. En décembre 1927, dans un discours adressé à la Conférence des Avocats, aujourd’hui Conférence du stage, le bâtonnier Guillaumin évoque la vie de Jacques Villenave, son courage, les épreuves de sa vie privée puisque sa femme, malade, doit se faire soigner en Suisse et qu’il élève seul ses deux enfants : « Tous ici connaissaient Villenave, l’appréciaient et l’aimaient. Tous rendaient hommage à sa bravoure, à la force d’âme avec laquelle, sans un mot de découragement, il supportait les opérations répétées dont la dernière devait nous l’arracher. »
Le 30 avril 1927, il décède des suites de l’opération. Le même jour, le président Poincaré signe le décret qui lui octroie la Légion d’honneur.

Citations et décorations :

  • Cité à l’Ordre de la 139ème Brigade, le 17 août 1915 :
    "Pendant un bombardement d’obus de tous calibres, a donné un bel exemple de bravoure et de sang-froid en ne cessant de circuler parmi ses hommes pour les calmer. Atteint de plusieurs blessures très graves, n’a laissé échapper aucune plainte devant ses hommes. »
  • Médaille militaire et croix de guerre (24 janvier 1917)
  • Chevalier de la Légion d’honneur (30 avril 1927)
VILLENAVE Jacques portrait
VILLENAVE Etat des services militaires
Villenave extrait discours obseque
Villenave expo
 
Jacques Villenave est né à Oran, en Algérie, le 1er octobre 1886. Le lieu de sa naissance résulte vraisemblablement d’une mission de son père, Jean Léo, car ce dernier, ingénieur, est né à Bordeaux. Sa mère, Françoise Rosita Goudin, est âgée de 29 ans et elle est sans profession. L’acte de naissance, puis l’acte de mariage de Jacques Villenave révèlent un environnement familial composé d’ingénieurs. Qu’est-ce qui a conduit Jacques vers le droit ?
Son dossier ne donne aucune indication sur ses études de jeunesse. A-t-il grandi à Paris où ses parents sont domiciliés 94, boulevard de Courcelles ? C’est à Paris, dans le 17ème arrondissement, qu’il s’engage volontairement le 9 octobre 1905 en faisant valoir sa situation d’ « aspirant au doctorat en droit », qui lui permet, en sa qualité d’étudiant, de déroger aux trois années de service militaire.
Il est affecté au 54ème régiment d’infanterie. Certificat de bonne conduite en poche, il est envoyé en disponibilité le 18 septembre 1906 en attente de son incorporation dans la réserve de l’armée active qui n’interviendra que deux ans plus tard, le 9 octobre 1908. Son dossier mentionne qu’il est admis à prêter serment d’avocat le 25 juin 1912. Il a 28 ans.
Sans doute en raison de son âge, Maître Boullay, le rapporteur, annote la fiche dans la marge : « N’a jamais demandé encore à appartenir au Barreau ». Il est inscrit au tableau le 10 octobre 1912 et obtient son diplôme de docteur en droit le 19 décembre de la même année.
Lors de la mobilisation du 1er août 1914, il est affecté au 226ème régiment d’infanterie, caserné près de Toul. Les deux premiers mois, le régiment se bat en Lorraine. Les pertes sont effrayantes, le régiment a perdu 800 hommes à la fin du mois d’août 1914. Il participe ensuite à la première offensive en Artois. L’hiver voit le régiment sur le front près de Berthonval, au-dessus d’Arras. Le JMO (Journal des Marches et Opérations) de la 139ème brigade d’infanterie, à laquelle appartient le 226ème RI fait état de communications et de rapprochements sévèrement réprimés entre les Français et les Allemands au moment de Noël. Le 226ème reste dans le secteur de Berthonval jusqu’en avril 1915.
En mai, la seconde offensive d’Artois est déclenchée. L’objectif est de reprendre la crête de Vimy qui domine et tient sous ses canons la plaine qui s’étend jusqu’à Douai. Le 226ème doit prendre les hauteurs 140 et 119, près de Carency, un village situé à la lisière du bois de Berthonval. Le 11 mai, le régiment de Jacques s’élance de nouveau. L’artillerie ennemie, bien en place et en situation haute, pilonne sans interruption le terrain, mitrailleuses et canons déversent des tonnes d’acier sur les soldats français qui tentent d’avancer.
Le 12 mai, le village de Carency est encerclé et tombe. Un millier de prisonniers est fait. Les soldats poussent leur avantage vers Ablain Saint Nazaire. Sous le déluge d’obus, Jacques est frappé grièvement par des shrappnels. Malgré la gravité de ses blessures, il continue de mener ses hommes et de les calmer. Il est néanmoins évacué. Jacques a reçu 5 éclats d’obus. Il va rester hospitalisé, puis en convalescence pendant près d’un an et demi.
Le 20 décembre 1915, il se marie avec Germaine Revol, dont le père est Ingénieur principal du Génie maritime. L’un des témoins est ingénieur civil des Mines. Pas d’avocat dans cette famille d’ingénieurs. Le 21 juin 1916, ses blessures lui valent d’être temporairement réformé. Son registre matricule militaire indique la nature de la blessure qui lui vaut la réforme : « Blessure par éclat d’obus. Impotence fonctionnelle main gauche en attitude permanente d’extension ainsi que tous les doigts par contracture d’ordre réflexe. Troubles vaso-moteurs et thermiques tenaces. ». Par décision du 19 juin 1917, il est définitivement admis à la réforme du fait de sa main gauche et de l’atrophie de l’avant-bras gauche à la suite de la fracture ouverte causée par l’un des éclats d’obus. Il est jugé handicapé à 60%. Toutefois, la présence dans son corps des autres éclats va entrainer plusieurs opérations les années suivantes jusqu’à la dernière qui lui sera funeste.
En août 1917, Jacques Villenave exerce devant les conseils de guerre. Une affaire classée « d’espionnage » qui fait grand bruit le met en lumière dans les quotidiens le 12 août 1917 : il défend devant le 3ème Conseil de guerre un couple qui, pour éviter à la femme allemande d’aller en camp de concentration (sic), a utilisé des faux papiers. On trouve également, dans son dossier, une recommandation de l’Ordre pour sa compétence en droit des transports.
En 1927, il est collaborateur du bâtonnier Aubépin. Les éclats d’obus reçus en 1915 l’ont rendu définitivement handicapé et ils continuent à le faire souffrir. Les médecins constatent qu’il est nécessaire de l’opérer à nouveau pour enlever l’un d’eux situé dans son foie. En décembre 1927, dans un discours adressé à la Conférence des Avocats, aujourd’hui Conférence du stage, le bâtonnier Guillaumin évoque la vie de Jacques Villenave, son courage, les épreuves de sa vie privée puisque sa femme, malade, doit se faire soigner en Suisse et qu’il élève seul ses deux enfants : « Tous ici connaissaient Villenave, l’appréciaient et l’aimaient. Tous rendaient hommage à sa bravoure, à la force d’âme avec laquelle, sans un mot de découragement, il supportait les opérations répétées dont la dernière devait nous l’arracher. »
Le 30 avril 1927, il décède des suites de l’opération. Le même jour, le président Poincaré signe le décret qui lui octroie la Légion d’honneur.

Citations et décorations :

  • Cité à l’Ordre de la 139ème Brigade, le 17 août 1915 :
    "Pendant un bombardement d’obus de tous calibres, a donné un bel exemple de bravoure et de sang-froid en ne cessant de circuler parmi ses hommes pour les calmer. Atteint de plusieurs blessures très graves, n’a laissé échapper aucune plainte devant ses hommes. »
  • Médaille militaire et croix de guerre (24 janvier 1917)
  • Chevalier de la Légion d’honneur (30 avril 1927)

Sources ODAP

  • Lettre de Charles Lascar au bâtonnier du 23 novembre 1927
  • Discours de Georges Guillaumin, bâtonnier, devant la Conférence en décembre 1927
  • Notice lue par M. Charles-Maurice Chenu, Livre d’Or - Groupe des anciens Combattants du Palais - Tome 1 (1930)

Autres Sources

 

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