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Musée du Barreau

25 rue du Jour

75001 Paris

Tél : 01 44 32 47 48

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Par son ampleur et sa durée, la Première Guerre mondiale a touché l’ensemble de la population française. Cet événement exceptionnel a suscité la rédaction de multiples documents d’archives personnelles : correspondances entre les soldats et leurs proches, carnets de croquis pris sur le vif au milieu des combats, souvenirs écrits après la guerre… Ces documents d’archives privées, auxquels s’ajoutent parfois des souvenirs familiaux, compléteront les collections du Musée..

Maupoint vignette
Maupoint Lettre de 5 mars 1915
Maupoint article de presse
Maupoint Lettre du chef de bataillon Baron
Maupoint Lettre de son beau-père le Gl Blandin 
« C’était un nantais du plus bel avenir, intelligent, énergique » tel est le portrait d’ Edouard Maupoint dressé dans le journal Le Phare de la Loire au moment de son décès.
Edouard Maupoint naît le 17 juin 1886, rue Félicien à Nantes. Son père était négociant.
D’abord élève au Lycée Clémenceau de Nantes, il entreprend ensuite des études de droit. Il sera plusieurs fois lauréat de la faculté. C’était un petit homme malingre au regard pénétrant et brillant d’intelligence. Entièrement tourné dès son plus jeune âge vers l’étude, les livres, délaissant les joies des enfants, les plaisirs de la vie d’étudiant, il entrera tout d’un bloc dans la vie d’avocat, impatient d’y trouver les mêmes succès qu’à l’Université.
Comme l’évoque Charles-Maurice Chenu dans son éloge, pas d’enfance pour Edouard Maupoint : « …car jusqu’en ses fossettes, Maupoint n’était pas jeune. Et c’était de n’avoir pas joué, de n’avoir pas couru, de n’avoir, à l’heure des récréations, que songé à la classe future, c’était de n’avoir pas eu d’enfance que souffrait Maupoint. (…) Dans son ardeur, il prétendait bruler une étape : celle de la jeunesse ».
Le 3 novembre 1904, il est engagé volontaire pour trois ans. Le 14 Mai 1905, il devient caporal et obtient un certificat de bonne conduite. Il passe dans la disponibilité de l’armée d’active le 23 septembre 1905 et est nommé sergent en octobre. A cette époque, il réside à Nantes, passage Louis Levesque.
Licencié en droit en juin 1907, il se marie la même année avec Marie Joséphine Blandin, fille du général de brigade Blandin.
Il est inscrit au stage du barreau de Paris le 8 mars 1910. L’année 1911 comptera beaucoup pour lui puisqu’il soutiendra sa thèse de Doctorat sur « le contrat judiciaire » le 11 mai et deviendra le 5ème secrétaire de la Conférence du Stage pour l’année sous le Bâtonnat Buisson Billaut.
D’après Charles-Maurice Chenu , « Alors commence pour lui, peut-être, la meilleure partie de son existence ». Il compte parmi ses proches des personnalités reconnues, il devient secrétaire du bâtonnier Fourcade et ami du peintre Maxence.
En 1914, à la mobilisation, Edouard Maupoint s’engage volontairement. Dès le 3 aout 1914, il rejoindra la 2ème section du 113eme Régiment d’infanterie au grade de sous-lieutenant et ne cessera de faire preuve d’une bravoure sans faille. Le 7 novembre 1914, il est nommé sous-lieutenant de réserve à titre temporaire puis à titre définitif en mars 1915 suite à un acte héroïque.
En effet, en février 1915, il va s’illustrer dans les tranchées comme il l’explique lui-même : « Les allemands avaient creusé à 5 mètres de nous une mine destinée à nous faire sauter. Je m’en suis aperçu. Le génie a commencé aussitôt une contre-mine. C’était à qui sauterait les premiers, mais nous étions en retard ». C’est alors qu’« Il fabriqua une bombe reliée à un fil électrique qui devait la faire exploser. Il trouva alors le soldat Barthélémy, condamné à mort par le Conseil de guerre assez hardi pour aller jeter la bombe dans la tranchée allemande au péril de sa vie. » Edouard Maupoint expliquera plus tard : « A 18 heures moins cinq. Nous avons fait retirer tout le monde. Le condamné à mort, à un moment choisi par moi, s’est d’un bond précipité avec son colis (relié par le fil électrique avec moi) dans la tranchée allemande ». Dans sa tranchée, le lieutenant Maupoint établit le contact et une explosion se produisit, qui renversa tout le monde à 25 mètres et qui pulvérisa les allemands juste à temps puisque ces derniers avaient creusé une mine pour faire sauter la tranchée française. Le condamné à mort fut gracié et le lieutenant Maupoint cité à l’ordre du jour de l’armée.
Le 5 mars 1915, Edouard Maupoint écrit à son Bâtonnier pour lui relater l’exploit : « Monsieur le Bâtonnier, je vous remercie de votre lettre affectueuse. Vous apprendrez peut être avec surprise que l’acte dont on m’a su gré, autant que d’un guerrier, était d’un avocat ! L’opération projetée comportant deux hommes et quelques risques, je m’étais adjoint un prévenu grave dont la récompense serait le pardon en cas de survie. Les faits ont rempli mon attente. La relaxe sans plaidoirie ! Pour un avocat, était-il besoin d’autre récompense ».
Quelques semaines plus tard, le 28 avril 1915, Edouard Maupoint est tué au ravin des Meurissons en Argonne dans la Meuse d’une balle dans la poitrine.
Le 29 avril, le chef de bataillon Baron écrira ses mots au Bâtonnier Henri Robert : « Monsieur le Bâtonnier, C’est avec un profond chagrin que je vous annonce la mort du sous-lieutenant Maupoint, je fais la guerre avec lui durant plusieurs mois, il commandait sous mes ordres deux sections de mitrailleuses, nous vivions ensemble et j’avais en lui un véritable ami. Plein d’intelligence et de cœur, très brave il est de ceux qu’on ne peut remplacer. Dans nos longues causeries il me parlait souvent de vous et avait pour vous une véritable affection. Le Barreau de Paris paie sa large part à la défense du pays, Maupoint si brillant, si cultivé, esprit plein d’originalité commençait à s’y faire la place digne de lui, c’est une perte réelle pour le corps des avocats. Il s’était donné à son rôle militaire avec tout son cœur, y avait acquis une grande expérience et me rendait des services appréciables dans les circonstances les plus graves. Il avait été cité à l’ordre du corps d’armée, il était très brave, sans crainte du danger, il a été tué d’une balle... »
Le 9 mai 1915, son beau-père, le Général de Brigade Blandin, répondant au Bâtonnier lui exprimera tout le désarroi de sa famille : « … Nous sommes tous atteint par cette malheureuse nouvelle et ma fille qui était déjà très malade est tombée dans un état qui nous cause les plus graves inquiétudes…»
Le 18 mai, c’est son ami Marc Elder, écrivain, qui lui rendra un vibrant hommage dans le Journal Le Phare de la Loire :
« Depuis bien des jours, déjà, tu es tombé mon pauvre ami, et c’est aujourd’hui seulement que m’arrive la triste nouvelle. Il en est toujours ainsi. Nous les portons, tout en vie, dans notre cœur, avec leurs gestes et leurs paroles, ceux que nous aimons, qui sont là-bas ; et longtemps ils continuent réellement d’exister parmi nous, alors que déjà la terre les a repris. Mais nous ne savons pas. Et un jour survient une visite, un télégramme ou une lettre : c’est l’annonce. Alors il y a un grand deuil dans notre âme ; ils meurent en nous, et c’est leur vraie mort, la plus douloureuse.
Nous sommes loin de l’exaltation de la lutte et des beaux gestes qui magnifient le sacrifice. Ce n’est pas la balle, qui frappe en face, qui nous les tue ; c’est un mot, un billet parfois sans douceur. Maintenant, même jeune, on porte bien des peines : sans vieillir, on voit tant mourir autour de soi !
Mon pauvre ami, c’est toi-même qui avais demandé à partir pour le front, et je t’avais reconnu à ce trait. Je savais que tu étais brave, que tu aimais la lutte et ne cédais qu’à la victoire. Que de fois, dans notre adolescence, soumis à des sports rudes, n’avions-nous pas entraîné nos énergies ? Jamais je ne vis la fatigue ou l’insuccès te faire plier. La volonté était en toi, impérieuse comme un dieu, et les ardeurs de ton jeune sang ne redoutaient nul obstacle. Aussi acharné au travail que bouillant au jeu, tu avais conquis, dès l’entrée dans la vie, des couronnes. Les avocats déjà glorieux te voyaient grandir dans leur ordre comme une belle prouesse. Et toi inquiet, mais fort et sans cesse conquérant, tu cherchais ta voie, sans décevoir jamais les espoirs clairvoyants.
Tu réunissais déjà, mon ami, toutes les qualités des générations nouvelles : la résistance morale, le goût de la force et le sens un peu brutal, mais si nécessaire à la vie, des réalités. Le désarroi de nos aînés, encore las de la défaite et nourris de rêve, s’effaçait de ton intelligence. A te regarder on sentait que les nouveaux venus, les jeunes, qui nous suivent, seraient, sans romantisme, nos libérateurs. Pour avoir grandi avec toi, pour être de ton âge, je te connaissais si bien ! La triste nouvelle m’a frappé d’autant plus fort.
Mon pauvre ami, il faut maintenant écarter tous les souvenirs qui souffrent en moi et ne plus penser qu’à ta gloire. Nous savions, tous tes exploits et avec quel courage, toi l’avocat, tu fus dans la guerre l’officier entraînant et redoutable à l’ennemi. Ta vie ne comptait plus que comme une arme qui doit porter des coups jusqu’à ce qu’elle se brise. Vingt fois des situations périlleuses t’avaient trouvé héroïque. Puis la mauvaise balle est venue, un jour que tu attendais, à découvert, un camarade qui ne pouvait suivre. Tu es tombé dans ses bras, frappé au cœur.
Hélas ! Ils ont pleuré, ceux qui t’aimaient, parce qu’on ne sent d’abord que le déchirement égoïste. Ta mort ici retentit en douleur dans les cœurs qui te chérissaient ; mais là-bas, dans les bois d’Argonne, elle a soulevé la haine. La terre de France prend des forces chaque fois qu’un de ses enfants y tombe. C’est elle, mon cher ami, qui t’avait donné ta claire intelligence, les beaux instincts de ta jeunesse, et ta vaillance jamais entamée.
Dans un passé obscur, la Patrie déjà te formait, et je garde le souvenir de ces courses, dans les champs vendéens ou sur la mer bretonne, qui achevaient de modeler la belle âme française. Tu viens de la rendre à notre terre, après l’avoir élevée longtemps, comme un exemple, au milieu de la mêlée. Je ne reverrai plus ton corps, mon pauvre ami, et cela trouble profondément ma faiblesse d’homme. Mais je le sais, que ta part est la meilleure et que ce sont les tombes de là-bas, toutes petites avec une croix penchée, où l’on ne peut même pas aller prier, qui nous donnent la victoire ».

Citations :

  • Cité à l’Ordre du Ve Corps d’Armée en février 1915 :  

    «Officier très actif et très brave. A fait, risquant sa vie, exploser, dans une tranche allemande très proche, un engin de sa composition qui a produit un grand effet sur les travailleurs allemands »

  • Cité à l’Ordre de la 3e Armée, le 15 mai 1915 :  

    «Déjà cité à l’Ordre du Corps d’Armée pour sa bravoure, n’a cessé de donner à tous le plus bel exemple d’activité et de mépris du danger. A été tué en visitant ses mitrailleuses dans un secteur très dangereux»

Maupoint vignette
Maupoint Lettre de 5 mars 1915
Maupoint article de presse
Maupoint Lettre du chef de bataillon Baron
Maupoint Lettre de son beau-père le Gl Blandin 
« C’était un nantais du plus bel avenir, intelligent, énergique » tel est le portrait d’ Edouard Maupoint dressé dans le journal Le Phare de la Loire au moment de son décès.
Edouard Maupoint naît le 17 juin 1886, rue Félicien à Nantes. Son père était négociant.
D’abord élève au Lycée Clémenceau de Nantes, il entreprend ensuite des études de droit. Il sera plusieurs fois lauréat de la faculté. C’était un petit homme malingre au regard pénétrant et brillant d’intelligence. Entièrement tourné dès son plus jeune âge vers l’étude, les livres, délaissant les joies des enfants, les plaisirs de la vie d’étudiant, il entrera tout d’un bloc dans la vie d’avocat, impatient d’y trouver les mêmes succès qu’à l’Université.
Comme l’évoque Charles-Maurice Chenu dans son éloge, pas d’enfance pour Edouard Maupoint : « …car jusqu’en ses fossettes, Maupoint n’était pas jeune. Et c’était de n’avoir pas joué, de n’avoir pas couru, de n’avoir, à l’heure des récréations, que songé à la classe future, c’était de n’avoir pas eu d’enfance que souffrait Maupoint. (…) Dans son ardeur, il prétendait bruler une étape : celle de la jeunesse ».
Le 3 novembre 1904, il est engagé volontaire pour trois ans. Le 14 Mai 1905, il devient caporal et obtient un certificat de bonne conduite. Il passe dans la disponibilité de l’armée d’active le 23 septembre 1905 et est nommé sergent en octobre. A cette époque, il réside à Nantes, passage Louis Levesque.
Licencié en droit en juin 1907, il se marie la même année avec Marie Joséphine Blandin, fille du général de brigade Blandin.
Il est inscrit au stage du barreau de Paris le 8 mars 1910. L’année 1911 comptera beaucoup pour lui puisqu’il soutiendra sa thèse de Doctorat sur « le contrat judiciaire » le 11 mai et deviendra le 5ème secrétaire de la Conférence du Stage pour l’année sous le Bâtonnat Buisson Billaut.
D’après Charles-Maurice Chenu , « Alors commence pour lui, peut-être, la meilleure partie de son existence ». Il compte parmi ses proches des personnalités reconnues, il devient secrétaire du bâtonnier Fourcade et ami du peintre Maxence.
En 1914, à la mobilisation, Edouard Maupoint s’engage volontairement. Dès le 3 aout 1914, il rejoindra la 2ème section du 113eme Régiment d’infanterie au grade de sous-lieutenant et ne cessera de faire preuve d’une bravoure sans faille. Le 7 novembre 1914, il est nommé sous-lieutenant de réserve à titre temporaire puis à titre définitif en mars 1915 suite à un acte héroïque.
En effet, en février 1915, il va s’illustrer dans les tranchées comme il l’explique lui-même : « Les allemands avaient creusé à 5 mètres de nous une mine destinée à nous faire sauter. Je m’en suis aperçu. Le génie a commencé aussitôt une contre-mine. C’était à qui sauterait les premiers, mais nous étions en retard ». C’est alors qu’« Il fabriqua une bombe reliée à un fil électrique qui devait la faire exploser. Il trouva alors le soldat Barthélémy, condamné à mort par le Conseil de guerre assez hardi pour aller jeter la bombe dans la tranchée allemande au péril de sa vie. » Edouard Maupoint expliquera plus tard : « A 18 heures moins cinq. Nous avons fait retirer tout le monde. Le condamné à mort, à un moment choisi par moi, s’est d’un bond précipité avec son colis (relié par le fil électrique avec moi) dans la tranchée allemande ». Dans sa tranchée, le lieutenant Maupoint établit le contact et une explosion se produisit, qui renversa tout le monde à 25 mètres et qui pulvérisa les allemands juste à temps puisque ces derniers avaient creusé une mine pour faire sauter la tranchée française. Le condamné à mort fut gracié et le lieutenant Maupoint cité à l’ordre du jour de l’armée.
Le 5 mars 1915, Edouard Maupoint écrit à son Bâtonnier pour lui relater l’exploit : « Monsieur le Bâtonnier, je vous remercie de votre lettre affectueuse. Vous apprendrez peut être avec surprise que l’acte dont on m’a su gré, autant que d’un guerrier, était d’un avocat ! L’opération projetée comportant deux hommes et quelques risques, je m’étais adjoint un prévenu grave dont la récompense serait le pardon en cas de survie. Les faits ont rempli mon attente. La relaxe sans plaidoirie ! Pour un avocat, était-il besoin d’autre récompense ».
Quelques semaines plus tard, le 28 avril 1915, Edouard Maupoint est tué au ravin des Meurissons en Argonne dans la Meuse d’une balle dans la poitrine.
Le 29 avril, le chef de bataillon Baron écrira ses mots au Bâtonnier Henri Robert : « Monsieur le Bâtonnier, C’est avec un profond chagrin que je vous annonce la mort du sous-lieutenant Maupoint, je fais la guerre avec lui durant plusieurs mois, il commandait sous mes ordres deux sections de mitrailleuses, nous vivions ensemble et j’avais en lui un véritable ami. Plein d’intelligence et de cœur, très brave il est de ceux qu’on ne peut remplacer. Dans nos longues causeries il me parlait souvent de vous et avait pour vous une véritable affection. Le Barreau de Paris paie sa large part à la défense du pays, Maupoint si brillant, si cultivé, esprit plein d’originalité commençait à s’y faire la place digne de lui, c’est une perte réelle pour le corps des avocats. Il s’était donné à son rôle militaire avec tout son cœur, y avait acquis une grande expérience et me rendait des services appréciables dans les circonstances les plus graves. Il avait été cité à l’ordre du corps d’armée, il était très brave, sans crainte du danger, il a été tué d’une balle... »
Le 9 mai 1915, son beau-père, le Général de Brigade Blandin, répondant au Bâtonnier lui exprimera tout le désarroi de sa famille : « … Nous sommes tous atteint par cette malheureuse nouvelle et ma fille qui était déjà très malade est tombée dans un état qui nous cause les plus graves inquiétudes…»
Le 18 mai, c’est son ami Marc Elder, écrivain, qui lui rendra un vibrant hommage dans le Journal Le Phare de la Loire :
« Depuis bien des jours, déjà, tu es tombé mon pauvre ami, et c’est aujourd’hui seulement que m’arrive la triste nouvelle. Il en est toujours ainsi. Nous les portons, tout en vie, dans notre cœur, avec leurs gestes et leurs paroles, ceux que nous aimons, qui sont là-bas ; et longtemps ils continuent réellement d’exister parmi nous, alors que déjà la terre les a repris. Mais nous ne savons pas. Et un jour survient une visite, un télégramme ou une lettre : c’est l’annonce. Alors il y a un grand deuil dans notre âme ; ils meurent en nous, et c’est leur vraie mort, la plus douloureuse.
Nous sommes loin de l’exaltation de la lutte et des beaux gestes qui magnifient le sacrifice. Ce n’est pas la balle, qui frappe en face, qui nous les tue ; c’est un mot, un billet parfois sans douceur. Maintenant, même jeune, on porte bien des peines : sans vieillir, on voit tant mourir autour de soi !
Mon pauvre ami, c’est toi-même qui avais demandé à partir pour le front, et je t’avais reconnu à ce trait. Je savais que tu étais brave, que tu aimais la lutte et ne cédais qu’à la victoire. Que de fois, dans notre adolescence, soumis à des sports rudes, n’avions-nous pas entraîné nos énergies ? Jamais je ne vis la fatigue ou l’insuccès te faire plier. La volonté était en toi, impérieuse comme un dieu, et les ardeurs de ton jeune sang ne redoutaient nul obstacle. Aussi acharné au travail que bouillant au jeu, tu avais conquis, dès l’entrée dans la vie, des couronnes. Les avocats déjà glorieux te voyaient grandir dans leur ordre comme une belle prouesse. Et toi inquiet, mais fort et sans cesse conquérant, tu cherchais ta voie, sans décevoir jamais les espoirs clairvoyants.
Tu réunissais déjà, mon ami, toutes les qualités des générations nouvelles : la résistance morale, le goût de la force et le sens un peu brutal, mais si nécessaire à la vie, des réalités. Le désarroi de nos aînés, encore las de la défaite et nourris de rêve, s’effaçait de ton intelligence. A te regarder on sentait que les nouveaux venus, les jeunes, qui nous suivent, seraient, sans romantisme, nos libérateurs. Pour avoir grandi avec toi, pour être de ton âge, je te connaissais si bien ! La triste nouvelle m’a frappé d’autant plus fort.
Mon pauvre ami, il faut maintenant écarter tous les souvenirs qui souffrent en moi et ne plus penser qu’à ta gloire. Nous savions, tous tes exploits et avec quel courage, toi l’avocat, tu fus dans la guerre l’officier entraînant et redoutable à l’ennemi. Ta vie ne comptait plus que comme une arme qui doit porter des coups jusqu’à ce qu’elle se brise. Vingt fois des situations périlleuses t’avaient trouvé héroïque. Puis la mauvaise balle est venue, un jour que tu attendais, à découvert, un camarade qui ne pouvait suivre. Tu es tombé dans ses bras, frappé au cœur.
Hélas ! Ils ont pleuré, ceux qui t’aimaient, parce qu’on ne sent d’abord que le déchirement égoïste. Ta mort ici retentit en douleur dans les cœurs qui te chérissaient ; mais là-bas, dans les bois d’Argonne, elle a soulevé la haine. La terre de France prend des forces chaque fois qu’un de ses enfants y tombe. C’est elle, mon cher ami, qui t’avait donné ta claire intelligence, les beaux instincts de ta jeunesse, et ta vaillance jamais entamée.
Dans un passé obscur, la Patrie déjà te formait, et je garde le souvenir de ces courses, dans les champs vendéens ou sur la mer bretonne, qui achevaient de modeler la belle âme française. Tu viens de la rendre à notre terre, après l’avoir élevée longtemps, comme un exemple, au milieu de la mêlée. Je ne reverrai plus ton corps, mon pauvre ami, et cela trouble profondément ma faiblesse d’homme. Mais je le sais, que ta part est la meilleure et que ce sont les tombes de là-bas, toutes petites avec une croix penchée, où l’on ne peut même pas aller prier, qui nous donnent la victoire ».

Citations :

  • Cité à l’Ordre du Ve Corps d’Armée en février 1915 :  

    «Officier très actif et très brave. A fait, risquant sa vie, exploser, dans une tranche allemande très proche, un engin de sa composition qui a produit un grand effet sur les travailleurs allemands »

  • Cité à l’Ordre de la 3e Armée, le 15 mai 1915 :  

    «Déjà cité à l’Ordre du Corps d’Armée pour sa bravoure, n’a cessé de donner à tous le plus bel exemple d’activité et de mépris du danger. A été tué en visitant ses mitrailleuses dans un secteur très dangereux»

Sources ODAP

  • Portrait de Edouard Maupoint
  • Courrier d’Edouard Maupoint au Bâtonnier (5 mars 1915)
  • Lettre du chef de bataillon Baron au bâtonnier (29 avril 1915)
  • Lettre de son beau-père, le Général Blandin (9 mai 1915)
  • Coupure de presse « Nos concitoyens à l’honneur » (source indéterminée)
  • Notice par M. Charles-Maurice Chenu, Hommage aux Morts de la Guerre. Association amicale des Secrétaires et anciens Secrétaires de la Conférence des Avocats (1929)

Autres Sources

 

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